Travailleurs sans-papiers isolés - Bilan d'étape
Par foumonde le Lundi 29 juin 2009, 15:41 - Paris - Lien permanent
Pourquoi aucune organisation conséquente n’a-t-elle pas fermement condamné le mode infamant qu’a utilisé la CGT pour les en déloger ?
Rappel :
Au printemps 2008, des travailleurs sans papiers, soutenus par la CGT, occupent spectaculairement quelques grands restaurants parisiens puis une entreprise de nettoyage pour faire valoir leurs droits à régularisation.
La France (re)découvre l’existence de ces travailleurs (hommes et femmes) qui vivent sans papiers ni garanties, et ce parfois depuis plus de 10, 20 ans, alors qu’ils et elles sont salariés d’entreprises ayant pignon sur rue.
Mais un grand nombre de travailleurs sans papiers dépendant d’entreprises trop petites pour disposer d’un syndicat se retrouvent isolés et abandonnés à leurs seules initiatives, les forces syndicales relâchant leurs efforts de soutien une fois la régularisation au cas par cas obtenue pour ceux travaillant dans les entreprises qui disposent d’une représentation syndicale.
Avec la CSP 75 (Coordination des Sans-papiers 75), plus de 600 - puis jusqu’à 1300 - travailleurs isolés sans–papiers décident de se réfugier à la Bourse du travail, lieu historique de représentation des intérêts de tous les travailleurs, au 85 rue Charlot, dans le 3e. Ils y sont toujours, bien organisés mais oubliés, pour certains en famille avec leurs enfants.
En développant la répression et ses conséquences dramatiques, les politiques gouvernementales sécuritaires passent outre au plus élémentaire respect de citoyens dont nos sociétés ont besoin depuis longtemps pour assurer certaines activités en sous-emploi (le bâtiment, la restauration, l’aide à la personne…).
Chacun, chacune de nous, habitant ou travaillant à proximité peut se sentir concerné et responsable de cette profonde infamie, tout comme nous avons été choqués de ces enfants scolarisés en France qui risquent d’être expulsés, du jour au lendemain, dans un pays qu’ils n’ont jamais connu.
Face aux défis multiples de ce XXIème siècle, souhaitons-nous vivre dans des sociétés refermées sur elles-mêmes et aux abois ou dans un monde solidaire ?
24 juin, expulsion violente :
Mercredi 24 juin dernier, profitant d’une des manifestations hebdomadaires des travailleurs sans-papiers, un commando de gros bras de la CGT déloge à coups de gourdin et de gaz lacrymogène ceux qui sont restés à la Bourse (cf. article et vidéo, Libé du 24/06). Huit personnes ont été hospitalisées, dont un enfant et une femme plus de 24 heures.
L’UD-CGT de Paris a été contrainte de reconnaître la responsabilité de l’initiative le soir même tout en diffusant un communiqué de presse mensonger (cf. le communiqué de presse rectificatif de la CSP 75 ci-joint). Elle accuse les travailleurs d’avoir squatté les locaux alors qu’un accord de longue date avait préservé l’usage de plusieurs étages de la Bouse pour les syndicats ainsi que la condamnation de la grande salle.
A la rue, en ayant finalement réussi à négocier avec la police de récupérer leurs affaires, les sans-papiers décident de rester sur le boulevard du Temple devant l’entrée principale de la Bourse. Ils y sont toujours, décidés à y résister, tant qu’une régularisation collective ne leur aura pas été accordée, sachant que le cas par cas mène à l’arbitraire.
L’ostracisme récurrent :
Depuis 14 mois, seuls des militants ou politiques en leur nom, mais aucune organisation syndicale, politique ou associative conséquente, revendiquant par ailleurs la régularisation des tous les travailleurs sans-papiers et de leur famille, (CGT, NPA, RESF et toutes les autres…) n’a soutenu cette lutte sous l’argument cent fois répété qu’ils n’auraient jamais dû occuper un tel lieu emblématique, une maison du peuple et des travailleurs dans laquelle les sans-papiers considèrent avoir cherché refuge (cf. les 12 mensuels du Journal, téléchargeables sur le site de la Bourse occupée).
Au delà des échanges courtois ou aigre-doux, qui ont jalonné cette longue année, l’UD-CGT de Paris était prête à écouter les travailleurs sans-papiers dans leur commission «sans-papiers » à condition, au préalable, qu’ils aient quitté les lieux, ce qui les condamnaient à redevenir invisibles et sans armes.
Il est vrai qu’il a été reproché à la CSP 75 (Coordination des sans-papiers parisienne née de l’occupation de l’Eglise Saint-Bernard en 1996) de travailler difficilement avec tous les partenaires potentiels en privilégiant les intérêts des sans-papiers qu’elle défend (un bon nombre sont maliens, originaires de la région de Kayes, région sèche à tradition migratoire). Les rapports avec les différentes composantes de la communauté malienne ne sont certainement pas simples mais la CSP 75 a pu gérer ces 14 mois de conditions difficiles sans céder aux provocations. Malgré toutes les bonnes volontés, Il est difficile de mettre en oeuvre la démocratie (!!!), cela nous donne-t-il le droit de leur jeter l’anathème ?
La situation aujourd’hui :
Les travailleurs sans-papiers sont toujours là, résolus malgré les épreuves, hommes et femmes. Les syndicats sont maintenant assiégés dans leur propre maison, ne pouvant en sortir que par la petite porte et sans gloire.
Dans un courrier transmis par Martine Billard, Députée de Paris, le 26 juin, des militants de RESF ont proposé une réunion de coordination unitaire (qui a eu lieu samedi 27 au matin) et déclarent :
“La situation engendrée par l’affaire de la Bourse du travail depuis 14 mois est une bombe propre à faire exploser le mouvement des sans-papiers et celui de leurs soutiens qui, pourtant, n’ont pas besoin de ça. A en croire certains, les sans papiers ne seraient plus en lutte contre le gouvernement pour leur régularisation mais contre la CGT. Et la CGT serait le pire ennemi des sans papiers. Il faut arrêter ces divagations dont, à n’en pas douter, le gouvernement se réjouit ! (…) Nous proposons donc de geler toutes les discussions sur les responsabilités de uns et des autres jusqu’à la résolution de la crise actuelle. (…)”
Une prochaine réunion de coordination est prévue mercredi 1er juillet à 19h, à l’EDMP, 8 impasse Crozatier, 75012, Paris.
Pour l’heure, les militants d’organisations expriment leur consternation et grognent mais les organisations proprement dites ne s’engagent pas clairement ni pratiquement à soutenir le mouvement.
Une récente déclaration du syndicat CGT Saint-Gobain Aubervilliers (93), en critiquant leur direction nationale, pose bien le problème qui dépasse les problèmatiques de la seule CGT :
(…)
2) Le syndicat CGT Saint-Gobain Aubervilliers a pris connaissance de l’évacuation par la force des sans-papiers qui occupaient la Bourse du Travail depuis le 2 mai 2008.
Evacuation réalisée par un groupe de miliciens armés qui se prétendent nos camarades.
Scandalisé, le syndicat CGT Saint-Gobain Aubervilliers condamne explicitement et sans aucune réserve cette évacuation.
Si au lieu de négocier avec Hortefeux les critères scandaleux d’une immigration adaptée aux besoins du capitalisme, la confédération avait élargi le mouvement à tous les sans-papiers - les plus précaires des travailleurs -, si le mouvement avait pris l’ampleur des espoirs qu’il soulevait, si l’élargissement indispensable et possible n’avait pas été purement et simplement enterré par choix délibéré de la Confédération, nous n’en serions pas arrivés là.
On en arrive aujourd’hui à à peine 1500 régularisations, les portes désormais fermées et le mouvement en reflux. Et pourtant, ce n’est pas l’énergie d’un certain nombre de militants CGT et de structures locales qui a manqué pour développer et organiser, bien seuls, la lutte de nos camarades sans-papiers.
Il est absolument normal que le désespoir et le sentiment d’abandon se répandent chez nos camarades, alors qu’ils ont vu l’an dernier, concrètement, qu’il aurait été possible de gagner la régularisation pour tous les sans-papiers.
(…)
Quant aux travailleurs sans-papiers installés sur le boulevard, après une nième rencontre avec la Préfecture, ils sont conscients de la possibilité d’une évacuation massive par les forces de l’ordre, à tout moment.
Le problème déborde largement les simples questions de stratégies de chacun. Il pose en effet la remise en question profonde des rapports du travail et de l’asservissement à l’ordre ambiant sous sa forme actuelle auprès de l’ensemble des individus, travailleurs et usagers. Saurons-nous résister en nous dépassant ou bien, une fois de plus, baisser les bras et constater, par impuissance, le recul continu des droits sociaux et des libertés ?
En complément : lien vers le dernier communiqué du Gisti du 29 juin 2009.
Lien vers la vidéo du mercredi 24 juin 2009, jour de l’expulsion
Lien vers les vidéos suivantes :
Commentaires
Mardi 30 Juin 2009, 10h26
1)Si il est question , à travers ce texte de déléguer aux “pouvoirs publics” des mesures d‘“urgence d’ordre humanitaires et sanitaires” à ces gens qui campent sur le trottoir sans tentes auxquels on a peut-être rien demandé, à quoi donc leur servira qu‘“on soit pour” ce qu’on ne voit pas, sur place ?
Et dans ce cas, je ne maintiendrai que le texte tel qu’il est modifié ci-dessous.
2) Sinon, je serai “contre”… au nom du fait que les ambulances occupées par de “gros bras” qui traversent couramment les cortèges de manifestations pour les disloquer, le font aussi avec des “alibis sanitaires et humanitaires”… et que les
“évacués de la Bourse du Travail” à Paris ne “nous” ont rien demandé à ce sujet, à ma connaissance !
Boudjemaa
—- En date de : Lun 29.6.09, rigal a écrit :
De: r
Objet: Resf Alès Re: Fw: Resf Bous e du travail Paris Suites
À: resfales@ml.free.fr
Date: Lundi 29 Juin 2009, 12h30
Aa écrit :
> Pouvez vous rapidement me dire si vous êtes pour la signature par RESF de la déclaration ci-jointe ( en gras ci-dessous et en pièce jointe ).
> Daniel
>
- Original Message-> *From:* getmr
> *To:* RESF ;
> *Sent:* Sunday, June 28, 2009 4:22 PM
> *Subject:* Resf Bouse du travail Paris Suites
>
> Comme beaucoup le savent, nous avons été à l’origine d’une initiative suite à l’évacuation par la CGT des sans papiers de la CSP 75 qui occupaient la bourse du travail de Paris depuis 14 mois. Ils sont maintenant sur le trottoir du Bd du Temple, devant la Bourse dans un campement très précaire. La polémique et la campagne médiatique ont pris une grande ampleur, générant une division profonde.
> Pour tenter de freiner cette division et pour tenter de sortir les sans papiers de l’impasse, nous avons convoqué une réunion où les participants s’interdiraient provisoirement d’évoquer le passé proche et plus éloigné pour se concentrer sur l’urgence : sortir les sans paps de la rue. Je résume.
> Cette réunion s’est donc tenue hier samedi 27 à l’EDMP. Voir le compte-rendu en PJ. Elle a décidé de s’adresser aux assos, syndicats, partis qui n’étaient pas représentés : c’est le texte Déclaration 270609 joint.
> La question est de savoir si nous le signons. La réponse me semble aller de soi mais il faut tout de même y répondre. C’est urgent, évidemment. Je rappelle que, normalement, seuls les inscrits sur la liste resf.burot représentant un collectif se prononcent mais il me semble que ça vaut la peine que cette affaire soit connue plus largement aussi je mets sur resf@rezo.net resf@rezo.net>.
> En outre, si certains sont en mesure de faire signer des associations, syndicats, partis… bienvenue !
> Richard
>
> *Bourse du travail : protéger les sans papiers en lutte pour leur régularisation ! *
>
> / /
>
> *La situation des ex-occupants de la Bourse du travail crée une urgence absolue.*
>
> *Des travailleurs, hommes et femmes qui ont mis tout en œuvre pour leur régularisation, sont d’abord à la merci d’une intervention policière pouvant déboucher sur le placement en rétention et l’expulsion de plusieurs dizaines, voire de centaines d’entre eux. *
>
> *Il nous semble indispensable qu’ensemble, organisations, associations, syndicats, partis politiques attachés à la défense des droits humains et de ceux des migrants s’unissent pour soutenir et protéger ces hommes, ces femmes et ces enfants sans papiers.*
>
> * *
>
> *Ensemble nous réaffirmons notre soutien pour régularisation de tous. *
>
> * *
>
> *Nous attendons que le gouvernement se saisisse d’urgence de la situation administrative des 1200 personnes ayant déposé un dossier avec le CSP 75 et procède à leur régularisation au plus vite.*
>
> * *
>
> *Dans l’immédiat, nous demandons que des mesures soient prévues par la ville de Paris pour la préservation de l’hygiène et de la santé publique des ex-occupants de la Bourse du Travail.*
>
> * *
>
> *Cette situation ne pouvant perdurer, nous appelons dans les plus brefs délais à l’ouverture d’un lieu permettant le regroupement, la visibilité et la centralisation de la lutte des sans papiers du CSP 75 dans l’attente de leur régularisation.*
>
> * *
>
> *Nous nous déclarons solidaires et lançons un appel à **l’ensemble des organisations, associations, syndicats, partis politiques attachés à la défense des droits humains et de ceux des migrants à nous rejoindre et à rester ensemble à leurs cotés. Nous appelons pour cela à une réunion mercredi prochain afin d’envisager ensemble, dans l’unité la plus large, les moyens de mobilisations (rassemblement, manifestation, actions symboliques, etc…) pouvant permettre de faire gagner leurs revendications.*
>
ça me semble aller de soi…..E
Lundi 29 juin 2009