Je demande à ceux qui m’aiment, à mes vrais amis,
de ne jamais me pren­dre pour un objet sans vie.
Même si j’ai l’air tout ava­chi d’un vieux chif­fon,
si j’ai le regard vague, sans aucune expres­sion,
si mon feu sem­ble éteint et gris, tombé en cen­dres,
si je ne passe plus mes jour­nées qu’à atten­dre,
sans res­sort et sans joie, et sans rien que l’on voie
de ce qui vibre encor au plus pro­fond de moi.
Der­rière ce mas­que lisse vous ne pou­vez savoir
ce qui remue ou pas, invi­si­ble aux regards,
si je com­prends ou non le sens de vos paro­les,
et si je suis tou­chée par tous vos jeux de rôles.
Ne me cla­que­mu­rez pas d’un esprit étroit
dans une soli­tude atroce et sans espoir.
De l’amour à grands flots, c’est cela comme l’eau
qui peut don­ner la vie à l’herbe mise en pot.
On ne sait quand, à quel pro­pos impré­vi­si­ble
sur­gira l’émo­tion, pour l’heure inac­ces­si­ble,
ni les idées que l’on agite au fond du cœur
quand nul fris­son ne paraît plus à l’exté­rieur.
Ne m’enter­rez donc pas vivante. J’ai encor soif
d’amour. Osez donc me choyer avec audace !
Même si je ne sais plus ni chan­ter, ni sou­rire,
si je ne dis plus rien, sans pleu­rer, sans un rire,
par­lez-moi quand-même de vous, de vos amours,
don­nez-moi de vraies nou­vel­les du temps qui court.
Racon­tez-moi vos sou­ve­nirs, et les his­toi­res
de vos petits, des grands aussi, de vos déboi­res
et de vos joies, de vos bon­heurs au fil des jours.
N’ayez pas peur. J’ai tant désiré votre amour.
Pre­nez-moi pour con­fi­dente sûre et secrète,
par­ta­gez tout avec moi, je serai dis­crète.
Car tout au fond de moi, par nature, reste enfouie,
cachée, pres­que effa­cée, repre­nant par­fois vie,
celle qui vous aima, et qui vous aime encor,
que vous mécon­nais­sez, fidèle jusqu’à la mort.

Gda­lia
Le lundi 23 mars 2009.