La mon­naie comme moyen de détour­ne­ment de la démo­cra­tie

À la ques­tion “Com­ment les ban­quiers ont-ils obtenu de nos diri­geants le droit exclu­sif et exor­bi­tant de créer la mon­naie ? la réponse a été appor­tée dans “La dette publi­que, une affaire ren­ta­ble”, un livre trop peu connu d’André-Jac­ques Hol­becq et Phi­lippe Der­ru­der (1) pré­facé par Etienne Chouard que l’on peut retrou­ver dans une con­fé­rence signa­lée der­niè­re­ment dans «Le nou­veau para­digme sera démo­cra­ti­que». Vous ver­rez qu’il faut remon­ter prin­ci­pa­le­ment à 1973 pour com­pren­dre com­ment. 

C’est en effet l’année où de nom­breu­ses déci­sions issues du «Con­sen­sus de Washing­ton» ont com­mencé à avoir leurs effets, des effets qui se font encore sen­tir notam­ment à tra­vers la der­nière “crise” finan­cière en date et, puisqu’au fond «tout change pour que rien ne change», se feront encore sen­tir dès la pro­chaine qui ne tar­dera pas à venir. Les “bul­les finan­ciè­res” qui écla­tent de plus en plus sou­vent ris­quent, en con­sé­quence, de lais­ser place à une suc­ces­sion de “bul­les poli­ti­ques” qui, comme l’oba­ma­nia, sont autant d’espoirs que l’on donne aux peu­ples, en vain. (cf. le Japon). L’effet crise/bulle comme l’effet stro­bo­sco­pi­que fas­cine pour para­ly­ser le regard mais la réa­lité, elle, se paye au comp­tant.

De la lutte de clas­ses à la guerre de classe

Cela a été rap­pelé sur Netoyens au cours des entre­tiens de Valé­rie Duviol («Demain, le monde ?»), 1973 c’est aussi l’année où Sal­va­dor Allende, alors pré­si­dent du Chili, inter­pe­lait la com­mu­nauté inter­na­tio­nale dans un dis­cours mémo­ra­ble tenu devant l’Assem­blée Géné­rale de l’ONU. Il y dénon­çait les mul­ti­na­tio­na­les incon­trô­lées comme autant de poten­tats qui allaient réser­ver le pire à son pays, un pays qui com­men­çait à subir de front les pre­miers effets de ce que l’on appe­lait déjà le néo­li­bé­ra­lisme et dont le syno­nyme est le capi­ta­lisme finan­cier. Un capi­ta­lisme qui n’aura plus de frein après 1989 (Chute du mur de Ber­lin), évé­ne­ment qui inau­gu­rera une nou­velle période, celle que l’on con­nait encore, 30 ans après, où la finance s’est tota­le­ment éman­ci­pée de l’éco­no­mie con­crète et du con­trôle démo­cra­ti­que, s’il en eut jamais vrai­ment un.

C’est aussi à cette date ci que cer­tains socio­lo­gues (école de Bour­dieu puis les Pin­çon-Char­lot) mar­quent la fin de l’ère de la «lutte des clas­ses» qui laisse place à celle de la «guerre de classe» où l’on mon­tre que seule la classe bour­geoise des pos­sé­dants et de la grande finance répond encore à la défi­ni­tion marxiste de “classe” (2), une classe que l’on qua­li­fie aussi d‘“aris­to­cra­tie finan­cière” ou de “plou­to­cra­tie” si bien repré­sen­tées en France par les famil­les Wen­del (Ernest-Antoine Seillière de Laborde), Pinault, Arnaud, Lagar­dère, etc… On dit qu’elles sont au nom­bre de 200. (cf. le mono­lo­gue de Jean Gabin [1] tiré du film d’Henri Ver­neuil, “Le Pré­si­dent” - 1961).

En résumé, il est mon­tré que les cou­ches moyen­nes et popu­lai­res ne sont plus orga­ni­sées comme des “clas­ses”. En revan­che, la classe domi­nante reste la seule classe «en soi et pour soi», orga­ni­sée comme un véri­ta­ble col­lec­tif d’inté­rêts, désor­mais en posi­tion de force puis­que seule par­tie de la société véri­ta­ble­ment orga­ni­sée et soli­daire, posi­tion qui lui per­met de mener une guerre éco­no­mi­que, sociale et cul­tu­relle sans véri­ta­ble adver­saire à tra­vers des lois, règle­ments et ordon­nan­ces qui déci­dent, par exem­ple, d’un «bou­clier fis­cal» fait pour favo­ri­ser les plus riches (à quand l’impôt à taux uni­que ?) notam­ment par la sup­pres­sion des droits de suc­ces­sion dont ne peu­vent béné­fi­cier que les pos­sé­dants. Devant autant d’impos­tu­res et autant de faci­lité à ton­dre la laine sur le dos des plus hum­bles, désor­mais on com­prend à quel point la France “d’en bas” est sans défen­ses, désor­ga­ni­sée, et même pour cer­tains, mou­ton­nière.

Les piè­ces à con­vic­tion

La der­nière émis­sion “Piè­ces à con­vic­tion” en date (France 3 - 16/11/09) a mon­tré par le menu de nom­breu­ses sinon tou­tes les tech­ni­ques uti­li­sées par cette classe de “gens bien nés” pour échap­per aux dif­fé­rents pré­lè­ve­ments obli­ga­toi­res dont l’impôt. Elle mon­tre sur­tout que mon­sieur Woerth est perçu par eux comme un petit épou­van­tail à moi­neaux quand il assure avec son patron mon­sieur Sar­kozy que les para­dis fis­caux… bah ! c’est fini. D’ailleurs sait-on seu­le­ment que, lorsqu’il était rede­venu un temps avo­cat, notre pré­si­dent de la Répu­bli­que accom­pa­gnait ces bel­les per­son­nes de “la haute” jusqu’au bord du Lac Léman, en Suisse, pour s’assu­rer de leur bonne for­tune et de ses fins de mois. 

Et que peut-on trou­ver sur la belle riviéra Suisse ? Une asso­cia­tion qui mérite le détour d’autant plus qu’on n’en parle pas dans l’émis­sion de France 3 : l’ASREID. Qu’est-ce que l’ASREID ? L’ASREID est une asso­cia­tion regrou­pant les rési­dents étran­gers en Suisse impo­sés d’après la dépense. C’est à dire, les réfu­giés fis­caux. Nous aime­rions bien savoir qu’elle est en moyenne la for­tune déte­nue par les mem­bres de l’ASREID ? Car dans “Piè­ces à con­vic­tion”, on ne mon­tre fina­le­ment que des petits for­tu­nés pos­sé­dant des som­mes qu’on par­vient à esti­mer entre 5 et 20 mil­lions d’euros. C’est beau­coup diriez-vous ? Atten­dez !

L’émis­sion, pour finir, à 22h25, par­vient à met­tre en évi­dence que l’Etat fran­çais pro­tège ou ne cher­che pas ceux qui ont bien plus encore. Qui sont-ils ? Ce sont ces chefs de famil­les pour qui des som­mes de 3, 4, 5000 euros équi­va­lent à de l’argent de poche. Ce sont les mem­bres émi­nents de cette “classe domi­nante” que décrit jus­te­ment les socio­lo­gues, des action­nai­res-pro­prié­tai­res de gran­des entre­pri­ses, mem­bres de cer­cles - comme le cer­cle de l’union inter-alliés - situés tout près de l’Ely­sées. Pour eux, 20 mil­lions d’euros est sans doute une somme mais rien ne jus­ti­fie qu’on se cache vrai­ment, encore moins que l’on s’expa­trie soi-même avec sa famille, car on a tous les moyens de frau­der le fisc… en toute impu­nité.

Le syn­drome de la guerre de classe

Selon les socio­lo­gues, ce sont eux qui mènent la “guerre de classe” appli­quée au tra­vail via l’emploi et le chô­mage, par un mana­ge­ment sans ména­ge­ment, par la force du mépris et même de la vio­lence, trai­te­ment qui con­duit logi­que­ment, impla­ca­ble­ment, à ce que je pro­pose d’appe­ler “le Syn­drome Orange”. Pour­quoi “Syn­drome Orange” et pas syn­drome “France Tele­com” ? Tout sim­ple­ment parce que France Tele­com n’est plus le ser­vice public qu’il a été. Le chan­ge­ment de nom est un indice et a une signi­fi­ca­tion. Il ne fau­drait pas que ces sui­ci­des soient asso­ciés au nom de l’entre­prise publi­que (FT) alors que ce sont les action­nai­res et pro­prié­tai­res de l’entre­prise pri­va­ti­sée (Orange) qui en por­tent la res­pon­sa­bi­lité pleine et entière. Dans le cadre du déman­tè­le­ment des ser­vi­ces publics, on voit en effet se mul­ti­plier les cas de sui­cide comme récem­ment à Orange… que les médias ordi­nai­res s’éver­tuent à appe­ler de son ancien nom. 

On ignore encore à quel point les employés d’EDF et GDF ou de La Poste sont aussi con­cer­nés par le Syn­drome Orange. Dans ces entre­pri­ses pri­va­ti­sées en effet, jetées en pâture au mar­ché, sou­mi­ses aux dic­tats des action­nai­res relayés par des ges­tion­nai­res et mana­gers deve­nus tor­tion­nai­res, les cas devraient mal­heu­reu­se­ment se mul­ti­plier. Il en est de même à tous les niveaux dans les admi­nis­tra­tions, en tout cas par­tout où se pra­ti­que “L’anti­pa­thie comme méthode de mana­ge­ment”, par­tout où se pra­ti­que le mana­ge­ment par la ter­reur.

Les vic­ti­mes des Chi­cago-boys

Quel­ques mois après le dis­cours à l’ONU, Sal­va­dor Allende se sera aussi sui­cidé dans le palais de la Moneda bom­bardé, le 11 sep­tem­bre 1973, par des put­schis­tes aux ordres du géné­ral Augusto Pino­chet qui ins­tau­rera une dic­ta­ture deve­nue indis­pen­sa­ble pour appli­quer sans entra­ves les pré­cep­tes éco­no­mi­ques de l’Ecole de Chi­cago (Chi­cago boys) diri­gée par Mil­ton Fried­man.

C’est pour beau­coup l’année où pren­dront réel­le­ment effet, dans un Chili cobaye, les déci­sions qui feront école pour le monde, ce que l’on a appelé la mon­dia­li­sa­tion (glo­ba­li­sa­tion pour les anglo­pho­nes). L’Alle­ma­gne de Schroe­der-Mer­kel et la France de Jos­pin-Raf­fa­rin-Galou­zeau de Vil­le­pin-Sarközy de Nagy-Bocsa sont les der­niers pays à en subir les con­sé­quen­ces essen­tiel­le­ment, pour la basse beso­gne que seraient les “réfor­mes” qu’il reste à mener, à tra­vers le déman­tè­le­ment des ser­vi­ces publics de santé et d’édu­ca­tion mais aussi, on l’a dit, d’EDF, GDF deve­nue GDF-SUEZ, de La Poste et de France Tele­com deve­nue Orange. Un déman­tè­le­ment comme une arme létale tou­jours à l’oeu­vre con­tre les fonc­tion­nai­res, con­tre les sala­riés et les sans-papiers, con­tre le Droit du tra­vail.

On notera enfin que depuis les années 70, les cour­bes de l’endet­te­ment des états et du chô­mage sont lar­ge­ment cor­ré­lées. L’endet­te­ment et le suren­det­te­ment privé des ména­ges ne tar­dent pas à sui­vre… et le “Syn­drome Orange” dans les foyers.



  • « Le Moment uni­po­laire et l’ère Obama » : une con­fé­rence de Noam Chom­sky
  • « Les impac­tés », la crise de France Tele­com
  • Orange stres­sée - Làbas si j’y suis - France Inter (09/10/09) :
  • La souf­france au tra­vail - invi­tée : Marie Pezé - France Inter (16/10/08)  :

Réfé­ren­ces :

  1. La dette publi­que, une affaire ren­ta­ble - À qui pro­fite le sys­tème ? - Ed. Yves Michel, 2008
  2. http://vimeo.com/5248584 et http://vimeo.com/5249856

  3. Haute ten­sion à EDF-GDF - Domi­ni­que Decèze - Ed. Jean-Claude Gaw­se­witch, 2005

Les liens con­te­nus dans cet arti­cle :

  • http://www.eco­no­lo­gie.com/l-escro­que­rie-de-la-dette-publi­que-nou­velle-3920.html
  • http://www.netoyens.info/index.php/post/30/09/2009/Le-nou­veau-para­digme-sera-demo­cra­ti­que
  • http://fr.wiki­pe­dia.org/wiki/Con­sen­sus_de_Washing­ton
  • http://www.tele­rama.fr/livres/giu­seppe-tomasi-di-lam­pe­dusa-le-gue­pard,16375.php
  • http://www.netoyens.info/index.php/post/12/10/2009/L-oba­ma­nia-une-bulle-poli­ti­que
  • http://fr.wiki­pe­dia.org/wiki/Sal­va­dor_Allende
  • http://www.dai­ly­mo­tion.com/video/x2zzv9_dis­cours-de-sal­va­dor-allende-en-197_events
    
Ce dis­cours à l’ONU a eu lieu en réa­lité en décem­bre 1972

  • http://gui­detv.fran­ce3.fr/jsp/prog/fiche.jspx;jses­sio­nid=3541C6350­DE2B7FF93588658F2A­DE671.frt8_1?idProg=32731427
  • http://eco.rue89.com/2009/09/22/pour-sar­kozy-des-para­dis-fis­caux-il-ny-en-a-plus
  • http://www.rue89.com/2009/04/02/quand-sar­kozy-lavo­cat-ne-mepri­sait-pas-les-para­dis-fis­caux
  • http://www.jcgaw­se­witch.com/livre.php?id_livre=42
  • http://www.dai­ly­mo­tion.com/video/xalg3a_zap­zap­monde-8-bad-day-at-work_news
  • http://www.bas­ta­mag.net/spip.php?arti­cle748
  • http://fr.wiki­pe­dia.org/wiki/La_Moneda
  • http://fr.wiki­pe­dia.org/wiki/Chi­cago_Boys
  • http://www.monde-diplo­ma­ti­que.fr/car­net/2006-11-30-Mil­ton-Fried­man
  • http://www.netoyens.info/index.php/post/02/01/2008/Tra­vailler-plus-pour-rem­bour­ser-plus