La mor­ta­lité

La “grippe por­cine” fait l’objet d’un pre­mier com­mu­ni­qué offi­ciel de l’OMS [1] le 24 avril 2009, après que sept cas con­fir­més et neuf cas sus­pects aient étés signa­lés aux Etats-Unis. A cette date, le gou­ver­ne­ment mexi­cain signale 882 vic­ti­mes ayant dues être hos­pi­ta­li­sées, dans trois foyers épi­dé­mi­ques dif­fé­rents. Et 59 décès : taux de mor­ta­lité : 6.7% !

L’OMS estime alors que “parce qu’il y a des cas humains asso­ciés à un virus ani­mal de la grippe, parce que des gens voya­gent, et en rai­son de l’âge inha­bi­tuel des grou­pes tou­chés, ces évé­ne­ments sont de la plus haute impor­tance”. L’OMS signale éga­le­ment que ” ce virus de la grippe por­cine H1N1 n’avait jamais été détecté pré­cé­de­ment, ni chez le cochon, ni chez l’homme. Ce virus s’est avéré sen­si­ble à l’ose­tal­mi­vir, mais résis­tant tant à l’aman­ta­dine qu’à la riman­ta­dine.” (ce sont des médi­ca­ments anti­vi­raux).

Jusqu’à aujourd’hui, l’OMS a publié, en six mois, plus de 75 com­mu­ni­qués [2]. le der­nier en date, celui du 6 novem­bre 2009 rap­porte plus de 482 300 cas dans plus de 199 pays. Et au moins 6071 morts : taux de mor­ta­lité : 1,2% !

Mais l’OMS pré­cise bien que “comme de nom­breux pays ont ces­sés de comp­ter les cas indi­vi­duels, le nom­bre de cas recen­sés est très pro­ba­ble­ment signi­fi­ca­ti­ve­ment infé­rieur au nom­bre réel”. Con­clu­sion, le taux de mor­ta­lité réel est donc “pro­ba­ble­ment très infé­rieur” aux 1.2% cal­cu­lés ci-des­sus “bête­ment” à par­tir des chif­fres publiés par l’OMS. Et sur­tout, nous ne con­nais­sons ni le nom­bre réel de cas (“plus de 482 000” …), ni le taux de mor­ta­lité réel !

Rap­pe­lons que, tou­jours selon les chif­fres offi­ciels de l’OMS, “la grippe sai­son­nière tue 250 à 500 000 per­son­nes cha­que année, essen­tiel­le­ment des per­son­nes âgées de plus de 65 ans [3]”. Et tou­che “sévè­re­ment” 3 à 5 mil­lions de per­son­nes, parmi beau­coup d’autres “moins sévè­re­ment tou­chés”, qui ne sont donc pas con­nus, eux non plus : taux de mor­ta­lité de la grippe sai­son­nière : 0.1% (là encore, ce taux est d’évi­dence sures­timé, puis­que le nom­bre total de per­son­nes tou­chées n’est pas connu). La grippe (sai­son­nière) cause envi­ron 5.000 décès cha­que année, en France.

Le 14 octo­bre 2009, le Monde publie un petit arti­cle citant Denis Cou­lom­bier, du Cen­tre euro­péen de pré­ven­tion et de con­trôle des mala­dies [4] : “La pro­por­tion des morts dues au virus de la grippe A s’élève à 0,02 - 0,03%, soit un taux “infé­rieur à la grippe habi­tuelle”, qui tue­rait à peu près un patient sur mille.” Le rap­port du 30 octo­bre de cet orga­nisme offi­ciel indi­que 94 décès pour 53290 cas recen­sés en Europe : taux de mor­ta­lité : 0.18%

Mais tous les pays n’ont appa­re­ment pas trans­mis de don­nées à cet orga­nisme : il y man­que la France et la Grèce, en par­ti­cu­lier. De toute façon, le der­nier rap­port en date à ce jour, celui du 6 novem­bre, ne con­te­nait plus les chif­fres des décès, rem­pla­cés par : “Comme de nom­breux pays ont ces­sés de comp­ter le nom­bre total de cas, ces don­nées seront aggré­gées et pré­sen­tés sous un nou­veau for­mat la semaine pro­chaîne”.

Le gou­ver­ne­ment fran­çais a mis en place un site inter­net spé­cia­lisé, www.pan­de­mie-grip­pale.gouv.fr. Dans son “bul­le­tin épi­dé­mio­lo­gi­que : point au 3 novem­bre 2009, 11h”, ce site offi­ciel estime que 341 000 per­son­nes ont con­sul­tés un méde­cin pour cause de grippe A, rien que durant la 44ième semaine de l’année. Et 266 000 la semaine 43. Le même docu­ment indi­que que “au total, au 3 novem­bre 2009, 625 patients ont été hos­pi­ta­li­sés. Parmi eux, on compte 131 cas gra­ves (21 %), dont 31 patients pré­sen­tant un syn­drome de détresse res­pi­ra­toire aiguë. Parmi l’ensem­ble des 625 patients hos­pi­ta­li­sés, 406 sont sor­tis, 16 sont décé­dés et 203 patients sont tou­jours hos­pi­ta­li­sés, dont 36 en soins inten­sifs.” (page 5/9). Le même docu­ment indi­que “22 décès attri­bués à la grippe A depuis le début de l’épi­dé­mie, dont 18 con­fir­més” (pages 1 et 5). Le taux de mor­ta­lité actuel, pour la métro­pole, est donc très pro­ba­ble­ment infé­rieur à “20 envi­ron” sur “plus de 500 000” (taux de mor­ta­lité < 0,005% !).

Mais le taux de mor­ta­lité à l’hôpi­tal, pour les cas gra­ves, est de 2% des per­son­nes hos­pi­ta­li­sées (16/625) et de 12% des “cas gra­ves” (16/131). Outre-mer, le gou­ver­ne­ment a recensé 1 décès en Guyane, 1 en Mar­ti­ni­que, 1 en Gua­de­loupe, 6 à la Réu­nion, 2 à Mayotte, 9 en Nou­velle-Calé­do­nie et 7 en Poly­né­sie fran­çaise.

Sachant que rien qu’en métro­pole, la grippe sai­son­nière a tou­ché au moins 3.955.000 per­son­nes durant l’hiver 2008-2009 [5], on voit bien qu’entre l’absence de chif­fres fia­bles au niveau mon­dial et les dif­fé­ren­ces “cul­tu­rel­les” dans l’art de faire des sta­tis­ti­ques, la seule cer­ti­tude, c’est que per­sonne ne s’empresse de publier des chif­fres fia­bles

La mor­bi­dité

Là encore, les chif­fres fia­bles man­quent cruel­le­ment. Selon cer­tai­nes sour­ces, la grippe “A” serait 5,6 ou 10 fois plus con­ta­gieuse que la grippe sai­son­nière. Selon le pro­fes­seur Flo­ret [6], cité par “Le Monde” du 26 juin 2009, “la moi­tié de la popu­la­tion fran­çaise est sus­cep­ti­ble d’être tou­chée par le virus de la grippe A (H1N1) en l’absence de vac­cin”.

Selon les chif­fres cités plus haut [7] l’OMS dénom­brait pour­tant au 1er novem­bre seu­le­ment 182 435 cas seu­le­ment pour ses zones “Asie du sud-est” et “Paci­fi­que-ouest”. Rap­porté à la popu­la­tion de ces zones, on voit bien que l’on est très loin, après l’hiver aus­tral, d’un taux de mor­bi­dité annoncé à 50% de la popu­la­tion …

Si l’on prend tou­jours “bête­ment” le chif­fre de l’OMS, moins de 500 000 cas recen­sés à ce jour, on en est à moins de 0,01% de la popu­la­tion mon­diale …

En France métro­po­li­taine, le virus se répand : 341 000 cas cette semaine 44 alors qu’il y en avait 266 000 la semaine der­nière (43). Sur les 266 000 cas esti­més pour la semaine 43 (du 19 au 25 octo­bre 2009) :

“2 308 pré­lè­ve­ments ont été reçus par les Cen­tres natio­naux de réfé­rence. Parmi eux, 545 sont posi­tifs pour la grippe : 541 virus grip­paux A (H1N1) 2009 ; 4 virus grip­paux A non typés. Le virus A (H1N1) 2009 repré­sente la quasi-tota­lité des virus grip­paux iso­lés. Au cours de la se pré­lè­ve­ments maine 43, parmi les 316 pré­lè­ve­ments réa­li­sés par les méde­cins du réseau des Grog chez des patients pré­sen­tant une IRA, 95 étaient posi­tifs pour le virus A (H1N1) 2009 (30 % des tes­tés posi­tifs). En France métro­po­li­taine, (Semaine 45 - Situa­tion au 3 novem­bre 2009, Page 3/9 Bul­le­tin grippe A (H1N1) 2009 n°69, InVS), ce pour­cen­tage de posi­ti­vité est en nette aug­men­ta­tion par rap­port à celui de la semaine 42 (17 %, don­nées con­so­li­dées au 3 novem­bre). Il est de 65 % en Île-de-France et de 21 % hors Île-de-France, con­tre res­pec­ti­ve­ment 54 % et 9 % en semaine 42. Les ana­ly­ses de résis­tance des virus grip­paux aux anti­vi­raux indi­quent que tous les virus grip­paux A (H1N1) 2009 iso­lés et tes­tés à ce jour, en France, sont sen­si­bles aux inhi­bi­teurs de la neu­ra­mi­ni­dase.” (source : site gou­ver­ne­men­tal www.pan­de­mie-grip­pale.gouv.fr)

Dans les cas les plus gra­ves, tou­te­fois, les vic­ti­mes ne peu­vent être main­te­nues en vie que par une réa­ni­ma­tion lourde, avec res­pi­ra­tion extra-cor­po­relle.

Le même docu­ment offi­ciel con­tient un tableau indi­quant que la mor­ta­lité n’a pas connu de pic.

Voici les esti­ma­tions du CDC sur le nom­bre de cas, d’hos­pi­ta­li­sa­tions, et de décès dûs à la grippe A/H1N1 aux Etats-Unis, d’avril à octo­bre 2009 [8] :


Esti­ma­tions
Nb retenu par le CDC
Nb de cas
de 14 à 34 mil­­lions
22 mil­­lions
Hos­­pi­­ta­­li­­sa­­tions
de 63 à 153 000
98 000 (0,45%)
Décès
de 2500 à 6100
3900
(0,018% des cas et 4% des cas ayant néces­­sité l’hos­­pi­­ta­­li­­sa­­tion)

Le virus

Comme le disait déjà l’OMS dans son com­mu­ni­qué du 24 avril 2009, “c’est un virus nou­veau”. Il est cons­ti­tué d’une com­bi­nai­son par­ti­cu­lière qui pro­vient de qua­tre sou­ches dif­fé­ren­tes : deux virus por­cins, un virus aviaire, et un virus humain. C’est un virus grip­pal de type “A”, et de sous-type H1N1. Les virus grip­paux de type “A” com­por­tent deux types de pro­téi­nes de sur­face (hémag­glu­ti­nine et neu­ra­mi­ni­dase), qui héris­sent son enve­loppe. Ils peu­vent subir des chan­ge­ments majeurs et muter radi­ca­le­ment.

Mais l’huma­nité a déjà été con­fron­tée à des virus de cette famille. “Ainsi, outre la pan­dé­mie de 1918 et ses deux vagues (début d’été, puis octo­bre), un A prime H1 s’est mani­festé dis­crè­te­ment en 1948, alors qu’en 1957 un A/H2N2 a causé une pan­dé­mie dix fois moins grave que celle de 1918 (3 mil­lions de décès). En 1968, un nou­veau virus A/H3N2 enva­hit le monde mais ne tou­che l’Europe qu’avec la seconde vague après un an (1,5 mil­lions de décès). En 1976, fausse alerte, un virus por­cin con­ta­mine des sol­dats amé­ri­cains, on vac­cine… pour rien 40 mil­lions d’Amé­ri­cains (1 décès). En 1977, un A/H1N1 refait sur­face, ne tou­che que les moins de 20 ans, les autres béné­fi­cient d’une mémoire immu­ni­taire comme actuel­le­ment. Il est encore en acti­vité : c’est le virus A/H1N1 sai­son­nier. Il est cepen­dant moins dan­ge­reux que le virus A/H3N2.”, selon Mau­rice Che­vrier dans san­te­log.com (“Com­mu­nauté des pro­fes­sion­nels de santé”).

Le virus peut-il être sorti d’un labo­ra­toire ? Tech­ni­que­ment, oui. Mora­le­ment, bien sûr, c’est ini­ma­gi­na­ble … N’est-ce pas ? Sauf qu’il existe un pré­cé­dent his­to­ri­que ! Le 2 mars 2009, un viro­lo­gue parmi les plus répu­tés au monde, Vin­cent Raca­niello [9], publiait sur le site www.viro­logy.ws un arti­cle sur l’ori­gine du virus H1N1 actuel [10] … dans lequel il revient sur une publi­ca­tion de la revue Nature … de 1978 ! Quel rap­port ?

”[…] des virus du sous-type H3N2 cir­cu­laient en mai 1977 quand des virus H1N1 furent iso­lés en Chine puis en Rus­sie. Durant l’hiver 1977-1978, les virus H1N1 cau­sè­rent une épi­dé­mie dans tout l’hémi­sphère nord. Les résul­tats de tests séro­lo­gi­ques indi­què­rent que les gly­co­pro­téi­nes HA et NA des virus H1N1 de 1977 étaient très simi­lai­res à cel­les de virus du même sous-type qui cir­cu­laient en 1950. […] Par con­traste, il y avait moins de simi­la­ri­tés entre l’ARN viral des H1N1 de 1977 et tous les H1N1 qui avaient cir­cu­lés chez les humains entre 1947 et 1956. Pour­quoi le génome viral de l’iso­lat de 1977 et ceux de 1950 étaient si pro­ches ? Si les virus H1N1 s’étaient répli­qués chez un ani­mal pen­dant 27 ans, bien plus de dif­fé­ren­ces auraient étés iden­ti­fiées. Les auteurs sug­gé­rè­rent plu­sieurs pos­si­bi­lité, mais une seule “colle” : - “il est pos­si­ble que le virus de la grippe H1N1 ait été “gelé” dans la nature ou ailleurs […] [11]”
La sug­ges­tion est claire : le virus a été con­gelé dans un labo­ra­toire depuis 1950 et est res­sorti, que ce soit inten­tion­nel­le­ment ou par acci­dent, en 1977. Cette pos­si­bi­lité a été con­tes­tée par les scien­ti­fi­ques Rus­ses et Chi­nois, mais demeure à ce jour la seule expli­ca­tion scien­ti­fi­que plau­si­ble.”

Pour­quoi dian­tre un viro­lo­gue expé­ri­menté publie t-il donc, en mars 2009, cet arti­cle teinté d’humour en lui don­nant pour titre “Ori­gin of cur­rent influenza H1N1 virus” ? (“Ori­gine du virus H1N1 actuel).

Les per­son­nes ayant déjà été expo­sées aux virus de la famille A/H1N1 en 1977 ou avant sem­blent être plus sou­vent immu­ni­sées con­tre le virus 2009, qui tou­che des tran­ches d’âge et des grou­pes aty­pi­ques pour une grippe sai­son­nière. Le virus 2009 res­sem­ble­rait-il à un virus A/H1N1 déjà ren­con­tré, par exem­ple en 1977 ?

Les vac­cins

Sur son blog, Mar­tin Win­ck­ler estime que

“Dans l’hémi­sphère sud, où la santé de la popu­la­tion est pro­por­tion­nel­le­ment plus pré­caire que dans l’hémi­sphère nord, la mor­ta­lité est infé­rieure à celle d’une grippe sai­son­nière habi­tuelle. De plus, comme l’OMS ne demande plus de con­fir­mer les cas de grippe « puisqu’il y en a trop », on est en droit de pen­ser que le nom­bre de per­son­nes attein­tes par la grippe est bien plus grand qu’estimé, mais comme le nom­bre de morts attri­bué au virus (un mort, ça se comp­ta­bi­lise) est fai­ble, la pro­por­tion de décès par rap­port au nom­bre de per­son­nes tou­chées est donc pro­ba­ble­ment encore plus fai­ble qu’on ne l’estime actuel­le­ment.”. Il exprime un avis par­tagé par beau­coup de pro­fes­sion­nels de santé : “Autre­ment dit : en agi­tant la peur d’un virus qui “pour­rait” deve­nir dan­ge­reux, on vous a vendu un vac­cin qui, si le virus était vrai­ment devenu dan­ge­reux ne vous aurait, de toute manière, pas pro­té­gés… Il ne vous reste plus qu’un vac­cin très coû­teux, peut-être effi­cace (mais c’est pas sûr) con­tre un virus… bénin.”.

Il y a un autre élé­ment à pren­dre en compte : la vac­ci­na­tion ne peut enrayer l’épi­dé­mie que si suf­fi­sam­ment de gens se font vac­ci­ner !… et si le vac­cin est effi­cace, bien sûr. Sinon, les per­son­nes non vac­ci­nées res­tent assez nom­breu­ses pour pro­pa­ger le virus. Or tous les son­da­ges mon­trent que la grande majo­rité des gens n’envi­sage PAS de se faire vac­ci­ner. Y com­pris et peut-être même d’abord chez les pro­fes­sion­nels de santé. Mar­tin Win­ck­ler a déjà été cité plus haut. Des per­son­na­li­tés comme Roni Brau­man et le pro­fes­seur Luc Mon­ta­gner n’envi­sa­gent pas de faire ce vac­cin. Et Rony Brau­man “n’encou­ra­gera pas ses enfants à le faire”.

A ce jour, il y a, selon les chif­fres du gou­ver­ne­ment lui-même, bien plus de per­son­nes qui ont con­trac­tées cette grippe, et qui y ont sur­vécu, que de per­son­nes vac­ci­nées. A ce jour, en France, seu­les 17% des per­son­nes inter­ro­gées envi­sa­gent de se faire vac­ci­ner [12]. Avant même d’avoir com­men­cée, la vac­ci­na­tion de masse n’a déjà plus aucune chance de stop­per l’épi­dé­mie, ni même de dimi­nuer signi­fi­ca­ti­ve­ment la pro­ba­bi­lité de con­ta­mi­na­tion des per­son­nes fra­gi­les.

Pro­tège t-elle au moins con­tre le virus ? Trois semai­nes après l’injec­tion, 80% à 90% des per­son­nes vac­ci­nées [13] déve­lop­pent une forte réponse immu­ni­taire. Ce sont les résul­tats annon­cés par les fabri­cants, et ils con­cer­nent la réponse immu­ni­taire, “con­si­dé­rée comme pro­tec­trice”, et non la mesure a pos­te­riori d’une effi­ca­cité réelle. Ce sont des chif­fres très signi­fi­ca­tifs en méde­cine. Tou­te­fois, ils con­cer­nent des essais cli­ni­ques et non des résul­tats en situa­tion réelle où les per­son­nes vac­ci­nées sont entou­rées d’un nom­bre supé­rieur de per­son­nes non vac­ci­nées ayant sur­vé­cues et donc immu­ni­sées. Nous n’avons à ce jour encore lu aucune étude épi­dé­mio­lo­gi­que sur l’effi­ca­cité de ce vac­cin en situa­tion réelle. Or, dans la cam­pa­gne de vac­ci­na­tion de masse qui a démarré le 12 novem­bre, il est désor­mais cer­tain que de nom­breu­ses per­son­nes vac­ci­nées seront en con­tact avec le virus avant d’avoir pu déve­lop­per une immu­nité (341 000 per­son­nes ont attra­pées la grippe “A” la semaine der­nière, et 266 000 la semaine d’avant).

Les adju­vants : plu­sieurs types de vac­cins ont étés fabri­qués, cer­tains “avec adju­vants” et d’autres “sans adju­vants”. Ces adju­vants aug­men­tent la réponse immu­ni­taire, et per­met­tent de fabri­quer plus de doses avec moins d’anti­gè­nes. Ils pour­raient éga­le­ment ren­dre cer­tains vac­cins effi­ca­ces même en cas de légère muta­tion du virus, selon des tests réa­li­sés par GlaxoS­mi­thK­line sur un pro­to­type de vac­cin con­tre la grippe aviaire H5N1 uti­li­sant leur adju­vant “mai­son”. Le revers de la médaille est un ris­que accru pour les per­son­nes souf­frant de mala­dies auto-immu­nes.

Il s’agit tou­te­fois là d’un point de vue euro­péen : le 3 novem­bre 2009, le site gou­ver­ne­men­tal amé­ri­cain des cen­tres pour le con­trôle et la pré­ven­tion des mala­dies [14] publie ceci :

“Est-ce que les vac­cins actuel­le­ment recom­man­dés pour la grippe H1N1 de 2009 con­tien­nent des adju­vants ? Non. Con­for­mé­ment aux plans fédé­raux actuels, seuls des vac­cins sans adju­vants seront uti­li­sés aux Etats-Unis durant la sai­son grip­pale 2009. […] Les vac­cins 2009 avec adju­vants seront étu­diés pour déter­mi­ner s’ils sont sûrs et effi­ca­ces. Les experts étu­die­ront les don­nées quand elles seront dis­po­ni­bles. Il n’est pas prévu pour l’ins­tant de recom­man­der un vac­cin H1N1 2009 avec adju­vants.”

Le point de vue des auto­ri­tés amé­ri­cai­nes est lim­pide : tant qu’elles ne dis­po­sent pas de don­nées scien­ti­fi­ques sur l’effi­ca­cité et l’inno­cuité des vac­cins avec adju­vants, elles n’envi­sa­gent pas de les auto­ri­ser sur le ter­ri­toire amé­ri­cain.

Nous som­mes donc curieux de savoir sur quel­les don­nées scien­ti­fi­ques, encore incon­nues des amé­ri­cains au 3 novem­bre 2009, ont bien pu se baser les auto­ri­tés euro­péen­nes pour accor­der des auto­ri­sa­tions de mise sur le mar­ché à trois vac­cins tous avec adju­vants ?




Notes

[1] Pre­mier com­mu­ni­qué offi­ciel de l’OMS sur la “grippe por­cine” de type H1N1, 24 avril 2009 :
Influenza-like ill­ness in the Uni­ted Sta­tes and Mexico

24 April 2009 — The Uni­ted Sta­tes Govern­ment has repor­ted seven con­fir­med human cases of Swine Influenza A/H1N1 in the USA (five in Cali­for­nia and two in Texas) and nine sus­pect cases. All seven con­fir­med cases had mild Influenza-Like Ill­ness (ILI), with only one requi­ring brief hos­pi­ta­li­za­tion. No deaths have been repor­ted.

The Govern­ment of Mexico has repor­ted three sepa­rate events. In the Fede­ral Dis­trict of Mexico, sur­veillance began picking up cases of ILI star­ting 18 March. The num­ber of cases has risen stea­dily through April and as of 23 April there are now more than 854 cases of pneu­mo­nia from the capi­tal. Of those, 59 have died. In San Luis Potosi, in cen­tral Mexico, 24 cases of ILI, with three deaths, have been repor­ted. And from Mexi­cali, near the bor­der with the Uni­ted Sta­tes, four cases of ILI, with no deaths, have been repor­ted.

Of the Mexi­can cases, 18 have been labo­ra­tory con­fir­med in Canada as Swine Influenza A/H1N1, while 12 of those are gene­ti­cally iden­ti­cal to the Swine Influenza A/H1N1 viru­ses from Cali­for­nia.

The majo­rity of these cases have occur­red in other­wise heal­thy young adults. Influenza nor­mally affects the very young and the very old, but these age groups have not been hea­vily affec­ted in Mexico.

Because there are human cases asso­cia­ted with an ani­mal influenza virus, and because of the geo­gra­phi­cal spread of mul­ti­ple com­mu­nity out­breaks, plus the somew­hat unu­sual age groups affec­ted, these events are of high con­cern.

The Swine Influenza A/H1N1 viru­ses cha­rac­te­ri­zed in this out­break have not been pre­viously detec­ted in pigs or humans. The viru­ses so far cha­rac­te­ri­zed have been sen­si­tive to osel­ta­mi­vir, but resis­tant to both aman­ta­dine and riman­ta­dine.

The World Health Orga­ni­za­tion has been in cons­tant con­tact with the health autho­ri­ties in the Uni­ted Sta­tes, Mexico and Canada in order to bet­ter unders­tand the risk which these ILI events pose. WHO (and PAHO) is sen­ding mis­sions of experts to Mexico to work with health autho­ri­ties there. It is hel­ping its Mem­ber Sta­tes to increase field epi­de­mio­logy acti­vi­ties, labo­ra­tory diag­no­sis and cli­ni­cal mana­ge­ment. Moreo­ver, WHO’s part­ners in the Glo­bal Alert and Res­ponse Net­work have been aler­ted and are ready to assist as reques­ted by the Mem­ber Sta­tes.

WHO ack­now­led­ges the Uni­ted Sta­tes and Mexico for their proac­tive repor­ting and their col­la­bo­ra­tion with WHO and will con­ti­nue to work with Mem­ber Sta­tes to fur­ther cha­rac­te­rize the out­break.

[2] Com­mu­ni­qués de l’OMS : 75 com­mu­ni­qués en six mois, dans un dos­sier spé­cial con­sa­cré à cette épi­dé­mie.

[3] La grippe sai­son­nière (sur le site de l’OMS)

[4] ECDC : Euro­pean Cen­ter for Disea­ses Con­trol

[5] Impact de la grippe sai­son­nière en France de 2001 à 2009 docu­ment des Grou­pes Régio­naux pour l’Obser­va­tion de la Grippe.

[6] Pro­fes­seur Flo­ret : pré­si­dent du comité tech­ni­que des vac­ci­na­tions du Haut Con­seil de la santé publi­que, il est éga­le­ment con­sul­tant pour l’indus­trie phar­ma­ceu­ti­que.

[7] Com­mu­ni­qué de l’OMS du 6 novem­bre 2009

[8] Esti­ma­tions du CDC sur le nom­bre de cas, d’hos­pi­ta­li­sa­tions, et de décès dus à la grippe A/H1N1 aux Etats-Unis, d’avril à octo­bre 2009.

[9] Vin­cent Raca­niello est pro­fes­seur de micro­bio­lo­gie à l’uni­ver­sité de Colum­bia, et co-auteur d’un manuel d’ensei­gne­ment de la viro­lo­gie ani­male. Il a reçu plu­sieurs prix scien­ti­fi­ques.

[10] Ori­gin of cur­rent influenza H1N1 virus, by Vin­cent Raca­niello.

[11] Recent human influenza A (H1N1) viru­ses are clo­sely rela­ted gene­ti­cally to strains iso­la­ted in 1950 : Nature, 1978

[12] Son­dage IFOP : au 25 octo­bre 2009, seuls 17% des fran­çais envi­sage de se faire vac­ci­ner.

[13] Vac­cin H1N1 Sanofi : de nou­veaux essais mon­trent l’effi­ca­cité d’une seule dose : d’après les “résul­tats de l’ana­lyse inter­mé­diaire” d’essais cli­ni­ques, lan­cés mi-août sur 300 enfants de 3 à 17 ans et 450 adul­tes en Europe (par Sanofi), une dose de vac­cin mono­va­lent con­tre la grippe A(H1N1) 2009, “induit une forte réponse anti­corps, con­si­dé­rée comme pro­tec­trice, chez au moins 93% des adul­tes âgés de 18 à 59 ans, et chez au moins 83% des adul­tes âgés de 60 ans et plus”.

[14] CDC, Gene­ral Ques­tions and Ans­wers on 2009 H1N1 Influenza Vac­cine Safety : “[…] Will the 2009 H1N1 vac­ci­nes that are cur­rently recom­men­ded con­tain adju­vants?

No. Accor­ding to cur­rent fede­ral plans, only unad­ju­van­ted vac­ci­nes will be used in the Uni­ted Sta­tes during the 2009 flu sea­son. This inclu­des all of the 2009 H1N1 and sea­so­nal influenza vac­ci­nes that will be avai­la­ble for chil­dren and adults in both the injec­ta­ble and nasal spray for­mu­la­tions. None of these influenza vac­ci­nes will con­tain adju­vants. 2009 H1N1 vac­ci­nes with adju­vants are being stu­died to deter­mine if they are safe and effec­tive. Experts will review these data when they are avai­la­ble. There is no plan at this time to recom­mend a 2009 H1N1 influenza vac­cine with an adju­vant.[…]”