ON A GA-GNÉ !

… titre Ber­nard Lan­glois dans son bloc-notes en livrai­son heb­do­ma­daire du Poli­tis du 11 juin 2009. Iro­nie bien­ve­nue de la part de ce chro­ni­queur hors-nor­mes de la vie poli­ti­que depuis bien long­temps, et dont les ana­ly­ses, en géné­ral bien ins­pi­rées, tran­chent avec le tout-venant du lan­der­neau jour­na­lis­ti­que fran­çais.

Mais pour­quoi donc, repren­dre ce pon­cif : « Le pre­mier parti de l’Union euro­péenne est donc, de très loin, celui des abs­ten­tion­nis­tes. On a ga-gné ! ». Cer­tes. pour pré­ci­ser immé­dia­te­ment après : « Mais ne croyez pas que je me réjouisse de cette ”vic­toire” ! ». À juste titre. Tou­jours lucide, l’ami Ber­nard !

« L’abs­ten­tion, pre­mier parti euro­péen »s’était déjà écrié Anne-Cécile Robert du Monde Diplo­ma­ti­que, au len­de­main du scru­tin euro­péen.

Je résume : « Le vrai parti qui a gagné, c’est celui de l’abs­ten­tion » peut-on lire ici ou là !

Pre­miè­re­ment : Cet énoncé m’appa­raît comme un con­densé de ce qu’il y aurait à décons­truire pré­ci­sé­ment et à inter­ro­ger. Il porte en son sein des para­dig­mes qui, visi­ble­ment, sont posés avec auto­rité comme indé­pas­sa­bles ou incon­tour­na­bles sous peine d’être classé à con­tre-cou­rant ou de se faire taxer de jusqu’au-bou­tiste. Il pose l’élec­tion de repré­sen­tants du peu­ple, le sys­tème élec­to­ral actuel comme le lieu-même, l’uni­que sanc­tuaire et l’abou­tis­se­ment de la démo­cra­tie, sans jamais ques­tion­ner ce Saint-des-Saints.[1]

En second lieu : Il pré­sente l’abs­ten­tion comme un réser­voir de voix qui pour­rait être assi­milé à un tout homo­gène, là où il fau­drait inter­ro­ger le pour­quoi, qua­si­ment en ter­mes socio­lo­gi­ques, voire phi­lo­so­phi­ques, comme lieu de l’impasse à pou­voir s’expri­mer dans le « jeu » ins­ti­tu­tion­nel tel qu’il existe actuel­le­ment, et tel qu’il est accepté par tous ceux qui jouent pré­ci­sé­ment ce jeu : par­tis en pre­mier lieu et citoyens-élec­teurs.

Der­nier point, il insi­nue, pres­que de façon sub­cons­ciente, que la forme « parti » serait la seule forme d’expres­sion poli­ti­que. Celle-ci se retrouve en quel­que sorte « natu­ra­li­sée », avec toute la force d’une évi­dence, comme l’essence même du poli­ti­que. Ce titre, cette sim­ple phrase est un pré­ci­pité de tout ce qui serait à met­tre sens des­sus-des­sous.

Ose­rons-nous, un jour, poser ces ques­tions :

- Pen­sons-nous que les élec­tions et la repré­sen­ta­ti­vité poli­ti­que attri­buée à une caste de poli­ti­ciens pro­fes­sion­nels soient l’uni­que mode poli­ti­que ?
- Som­mes-nous même con­vain­cus que quoi que ce soit ait été « acquis » un jour par ce modèle ins­ti­tu­tion­nel ?
- Si la réponse à la ques­tion pré­cé­dente s’avère néga­tive – ce qui me sem­ble être, en effet, le cas -, pour­quoi con­ti­nuer à espé­rer dans cette impasse ?
- Les acquis sociaux, les pri­ses de cons­cience et les pro­grès en terme de pro­tec­tion éco­lo­gi­que ne pas­sent-ils pas plu­tôt par les lut­tes ?
- Les avan­cées éthi­ques ou phi­lo­so­phi­ques elles-mêmes, comme le lent déta­che­ment vis-à-vis de la pen­sée magi­que et reli­gieuse, sont-elles le fruit d’un pro­ces­sus élec­to­ral ou d’une guerre de tous les ins­tants con­tre tout ce qui nous con­di­tionne et nous enferme par le  cul­tu­rel », sou­vent autre forme du « cul­tuel » ?

- Les par­tis ou les « mou­ve­ments » poli­ti­ques - euphé­misme post-moderne pour dire à peu près la même chose – dans les­quels nous som­mes som­més de nous recon­naî­tre, à qui nous délé­guons trop sou­vent notre parole, ne sont-ils pas con­sub­stan­tiels à la forme ins­ti­tu­tion­nelle prise par l’exer­cice poli­ti­que depuis le XIXème siè­cle ?
- L’exis­tence de ces par­tis n’est-elle pas con­di­tion­née, ne serait-ce que finan­ciè­re­ment, aux rem­bour­se­ments espé­rés lors des élec­tions ?
- Tout dis­cours sur l’Unité, est alors obso­lète ou une gigan­tes­que tar­tu­fe­rie… et nous le savons bien !

- Beau­coup de gens appar­te­nant à ces par­tis dits de gau­che puis­sance 2 [2] ou alter­na­tifs affir­ment haut et fort et pré­ten­dent appli­quer l’auto­ges­tion… quand ils seront au pou­voir !
- Sous quelle forme cette auto­ges­tion est-elle envi­sa­gea­ble dans le cor­set ins­ti­tu­tion­nel actuel ? Y com­pris au niveau le plus près des pâque­ret­tes et où il serait le plus natu­rel de s’impli­quer : la com­mune ?
- Réqui­sit indis­pen­sa­ble : ces orga­ni­sa­tions à voca­tion élec­to­ra­liste appli­quent-elles cet éten­dard fiè­re­ment brandi de l’auto­ges­tion ?

Répon­dre à cette der­nière ques­tion, c’est soit par­tir dans un gigan­tes­que éclat de rire ou alors dans un mou­ve­ment de colère inex­tin­gui­ble ! Car on ne peut prô­ner haut et fort ce que, par ailleurs et au quo­ti­dien, on ne PRA­TI­QUE pas. Or la praxis est le lieu par excel­lence du poli­ti­que. Terme qu’il fau­drait bien-sûr éga­le­ment (re)défi­nir comme lieu où s’exerce les choix des citoyens. Lieu qui ne peut se con­ce­voir que dans l’exer­cice de l’éga­lité (iso­no­mia, disaient les Athé­niens) c’est-à-dire déci­der ensem­ble ce qui sem­ble bon, à un moment donné, en l’état actuel des con­nais­san­ces - ce qui impli­que la notion essen­tielle de réver­si­bi­lité pos­si­ble des déci­sions pri­ses.

Pour­quoi ne pas dire tout sim­ple­ment que nous som­mes dans la panade ?

Je viens de jeter ici quel­ques pis­tes de réflexion. Je ne suis pas un poli­ti­que et ce qui m’inté­resse c’est beau­coup plus le ter­rain des idées et celui de l’action. Ceci pour dire que nous avons plus que jamais besoin de débat­tre - et je crois que l’un des objec­tifs de Netoyens! est de répon­dre à cette néces­sité -, mais aussi d’ini­tier quel­que chose qui res­sem­ble peu ou prou à une espé­rance : espé­rance que nous pou­vons sor­tir de cette panade, et cela, excu­sez-moi, néces­site une espèce de foi [3], foi en nous-mêmes, en nos pro­pres for­ces mises en com­mun, cer­ti­tude que nous som­mes en mesure d’y tra­vailler en éla­bo­rant d’autres modè­les. La défi­ni­tion d’un ou plu­sieurs autres modè­les qui émer­ge­ront, j’en suis cer­tain, de par le type de maïeu­ti­que que des gens qui s’inter­ro­gent sur les impas­ses de ce sys­tème poli­ti­que sont en train de met­tre en place.

Plu­tôt que de se réjouir des « bons sco­res » de tel ou tel grou­pe­ment poli­ti­que (nous avons vu plus haut les chif­fres très rela­tifs de ces « vic­toi­res » bleues ou ver­tes !).

Plu­tôt que de se récon­for­ter des chif­fres impres­sion­nants de l’abs­ten­tion au niveau de tous les pays euro­péens, il nous fau­drait a con­tra­rio nous en inquié­ter. D’ailleurs, il serait inté­res­sant de con­naî­tre pré­ci­sé­ment le pour­cen­tage de gens qui, en âge d’aller voter, ne vont même plus s’ins­crire sur les lis­tes élec­to­ra­les… et les rai­sons de cette défec­tion civi­que !

Quel com­men­ta­teur zélé, quels z’obser­va­teurs fins de la vie poli­ti­que pren­dront réel­le­ment cette dimen­sion, la plus impor­tante, au lieu d’ali­gner des con­clu­sions fac­ti­ces, de noir­cir des pages de jour­naux de résul­tats con­ve­nus… Comme si de rien n’était ! Piè­tres ana­lys­tes en réa­lité qui ne mesu­rent pas la cou­pure qui est en train de s’ins­tal­ler entre le citoyen de base et les repré­sen­tants poli­ti­ques qu’il a – ou, plu­tôt, qu’il n’a pas - choi­sis !

L’Europe n’inté­res­se­rait pas le péque­naud de base ? Nous avions, bien au con­traire, assisté à bien plus qu’un inté­rêt lors de la cam­pa­gne pour le réfé­ren­dum sur le TCE en 2004, et la vic­toire, sur fond de grande par­ti­ci­pa­tion élec­to­rale, du NON le 29 mai 2005 ! Ce, con­tre l’avis auto­risé de tous les experts en exper­tise poli­ti­cienne.

Non, cette cou­pure recèle poten­tiel­le­ment un grand dan­ger et tout indi­vidu, tout citoyen cons­cient, tout ana­lyste devrait le per­ce­voir, s’en inquié­ter et œuvrer à trou­ver d’autres répon­ses. Irres­pon­sa­bles ceux (jour­na­lis­tes, élus, par­tis et mou­ve­ments poli­ti­ques, mili­tants de tout poil…) qui déci­de­raient de ne rien voir ou de faire la sourde oreille à cette insur­rec­tion que l’on sent mon­ter, à ce divorce con­sommé entre le « peu­ple » et ses édi­les ! Pour­quoi ne pas dire en pre­mier lieu que cette situa­tion a de quoi faire peur et crain­dre le pire ? Que nous avons éga­le­ment tou­tes les rai­sons d’être pro­fon­dé­ment en colère vis-à-vis de tous ceux qui nous ont amené à cette situa­tion… [4]

L’agora comme lieu du poli­ti­que

Je n’ai, bien-sûr, pas la solu­tion à tou­tes ces ques­tions, mais je les pose, et il nous faut oser les poser - dans la paix et le res­pect pro­pres au débat - si nous vou­lons à la fois avoir des chan­ces de nous en sor­tir, mais aussi pou­voir con­ti­nuer à nous regar­der tous les matins dans notre miroir.

Com­ment refaire du poli­ti­que ? Je veux dire : autre­ment que sous la seule forme qui nous est impar­tie – et qui d’évi­dence ne fonc­tionne plus – ou sa con­tre­par­tie iné­vi­ta­ble si nous n’y pre­nons pas garde : à coups de jets de pierre et de jeu de ping-pong avec les for­ces dites de l’ordre ? Ne dési­rant ni l’une ni l’autre forme, je ne vois d’autre alter­na­tive que de refaire agora et de nous doter de moyens pour que celle-ci se réa­lise le plus libre­ment pos­si­ble. L’entre­prise netoyenne et tou­tes cel­les qui vont dans ce sens con­tri­bue­ront à nous faire sor­tir de cette impasse par la mise en place de lieux de débats indis­pen­sa­bles pour notre épo­que.

À titre d’exem­ple de débat pos­si­ble et sou­hai­ta­ble, nous assis­tons aujourd’hui à un véri­ta­ble retour à Marx, de la part de ses héri­tiers [5], bien à la peine dans leur œuvre de refon­da­tion poli­ti­que, cela s’entend. Mais le syn­drome s’étend jus­que chez Alain Minc, se décla­rant récem­ment le « der­nier marxiste fran­çais » (sic) !

Avec la mou­vance alter­mon­dia­liste, nous avons vu appa­raî­tre d’autres for­mes de lut­tes, d’autres para­dig­mes sociaux qui bou­le­ver­sent le con­cept tra­di­tion­nel­le­ment pra­ti­qué de « lutte des clas­ses ». N’avons-nous pas à inter­ro­ger ce con­cept, mais aussi les con­tre-feux qu’il a engen­dré der­niè­re­ment ?

Sans avoir l’obli­ga­tion impé­ra­tive d’être « marxiste », recon­nais­sons que l’ana­lyse marxienne de l’état de la société de son épo­que est tou­jours vala­ble. Clas­ses, il y a, même si cel­les-ci ne sont plus tout à fait ni exac­te­ment les mêmes, ni pla­cées au même endroit de l’échi­quier social. Tout pro­grès social n’a été acquis que par les lut­tes oppo­sant pré­ci­sé­ment des caté­go­ries de per­son­nes que l’on peut décrire rapi­de­ment en ter­mes de domi­nants-domi­nés, exploi­teurs-exploi­tés, déci­deurs-exé­cu­teurs… Nous ne pou­vons allè­gre­ment faire fi de cette dimen­sion ago­ni­que qui remonte elle-même aux ori­gi­nes de la démo­cra­tie et, donc, du poli­ti­que, stricto sensu.

Est-ce pour autant, le seul moteur de l’His­toire ?

En fait, il en existe bien d’autres, beau­coup plus sous-jacents, non-dits, quasi incons­cients, qu’il nous fau­drait met­tre au jour. Quel­ques exem­ples : le don, qui est bien anté­rieur au com­merce ; l’ins­ti­tu­tion du mariage (et les sys­tè­mes com­plexes de dots et d’accu­mu­la­tion du patri­moine au sein de famil­les choi­sies), bien plus géné­ra­trice du capi­ta­lisme que l’indus­tria­lia­tion de l’Europe au XIXème siè­cle (qui ne fût qu’un ampli­fi­ca­teur au sein de la société bour­geoise triom­phante) ; le rap­port intime, mais aussi social ou socié­tal en terme d’orga­ni­sa­tion poli­ti­que à l’hété­ro­nome, dont j’ai essayé d’esquis­ser quel­ques aspects dans « Nais­sance de la mala­die moderne », etc…

Autre point essen­tiel, mais aussi con­tro­versé, l’apport des idées du « grand siè­cle » que les libé­raux moder­nes et leur think tank se sont empres­sés de piller et de dévoyer dans leur entre­prise de pro­pa­gande. Notam­ment, la notion, déjà abon­dam­ment intro­duite par des gens comme La Roche­fou­cauld, d’inté­rêt. Véri­ta­ble dyna­mi­tage de la pen­sée reli­gieuse et clé­ri­cale de son épo­que, mais sur­tout très bonne grille de lec­ture de la manière dont fonc­tionne l’huma­nité. Pen­sée qui ins­pira les pré­cur­seurs de la décons­truc­tion, mais aussi, via Nietz­sche, le Petit-Père-de-l’incons­cient ! Ce long détour pour dire qu’il y a quel­que chose à creu­ser dans cette notion d’inté­rêt. Inté­rêt de cha­cun con­ju­gué à l’inté­rêt de tous. Non dans le sens du libé­ra­lisme éco­no­mi­que qui est obligé de réin­tro­duire du reli­gieux en pos­tu­lant une « main invi­si­ble » hété­ro­nome qui con­dui­rait le des­tin humain vers le meilleur des mon­des ou la « fin de l’His­toire » hégé­lienne, mais bien plu­tôt à tra­vailler dans le sens de la coo­pé­ra­tion ou l’indi­vidu et le col­lec­tif sont res­pec­tés. Pla­to­ni­ciens, s’abs­te­nir !…

Là où la lutte de clas­ses engen­dre sou­vent de facto de la vio­lence (qui, de toute façon était déjà con­te­nue dans la vio­lence d’État com­bat­tue), la coo­pé­ra­tion faite d’inté­rêts par­ta­gés en vue du bien com­mun défini et expé­riencé par tous devrait nous pré­mu­nir con­tre ce cer­cle vicieux de la vio­lence que cer­tains disent fon­da­trice de toute société humaine. Une réflexion sur ce thème pour­rait débou­cher sur une autre forme de réci­pro­cité que celle pro­pre à la vio­lence : une éthi­que de la bonne réci­pro­cité.

Non. Les fran­çais ne sont pas des veaux !

Jus­ques à quand nous lais­se­rons-nous trai­ter ainsi ? Non, les fran­çais ne se désin­té­res­sent pas de la poli­ti­que ! Ici et là des ini­tia­ti­ves voient le jour, des hom­mes et des fem­mes se ras­sem­blent, de plus en plus nom­breux, résis­tent, mais aussi ébau­chent des pis­tes pour la société de demain. Ils ne font cer­tes pas la « Une » des jour­naux, ni des écrans « plats » !

Loin des regards et des feux média­ti­ques, se déve­lop­pent des pis­tes de pro­po­si­tions. C’est par exem­ple le sens du tra­vail entre­pris par Jean-Paul Lam­bert en com­pa­gnie de quel­ques autres sur le dis­tri­bu­tisme et, plus lar­ge­ment, l’Uso­lo­gie poli­ti­que [6]. Une hypo­thèse déve­lop­pée en vue de la mise en place d’une éco­no­mie se pas­sant réso­lu­ment de l’obli­ga­tion de réa­li­ser des pro­fits moné­tai­res, socle de tout le fonc­tion­ne­ment du capi­ta­lisme finan­cier moderne. Cette réflexion pro­gresse vers des pis­tes qui pour­raient nous aider à sor­tir des impas­ses actuel­les de la gau­che puis­sance 2, de l’éco­lo­gie solu­ble dans le capi­ta­lisme vert et de l’anti­ca­pi­ta­lisme ver­sion « Canada dry© » !


1 On se rap­pel­lera ce qu’en pen­sait Emile Pou­get (lire ou relire Emile Pou­get, par Xose Ulla Qui­ben).

2 On assiste de nos jours à une véri­ta­ble suren­chère, à une mon­tée des enjeux au Casino de la gau­che de gau­che. Mais, au final, rien de va plus !

3 Il nous fau­drait une foi « qui déplace les mon­ta­gnes », comme disait le va-nu-pied gali­léen ! Uti­li­ser le mot « foi », c’est mon côté, disons « nietz­schéen », pro­vo­ca­teur. Mais je ne renie pas ce mot-là.
À l’échelle de l’his­toire de l’huma­nité, les com­por­te­ments liés à la croyance, à la pen­sée magi­que et/ou reli­gieuse sont infi­ni­ment plus nom­breux, sur une éten­due de temps infi­ni­ment plus lon­gue que ceux induits par une pen­sée ration­nelle.
Sur ce sujet, je me réfère volon­tiers à l’ami Cor­né­lius Cas­to­ria­dis qui, con­tre son maî­tre Aris­tote et tout un pan de la pen­sée grec­que, affir­mait que l’Homme est un ani­mal de croyance. Ce qui ne vou­lait, bien-sûr, pas dire pour lui, que c’était là le tout de l’Homme ni son accom­plis­se­ment !
Ce qui signi­fie éga­le­ment que je n’ai rien à redire à l’exer­gue « Je ne veux pas croire, je veux savoir » mis au fron­ton de notre beau jour­nal !

Indi­gna­tion éga­le­ment de voir se repro­duire, entre les mains des mêmes petits-chefs épi­ciers d’arrière bou­ti­que, les éter­nel­les métho­des suran­nées de apta­tion du génie colé­ri­que de toute une popu­la­tion dans les rets d’un pou­voir au sein d’orga­ni­sa­tions savam­ment ordon­nan­cées et hié­rar­chi­que­ment pré-éta­blies.

5 Marx, mode d’emploi – texte de Daniel Ben­saïd, des­sins par Charb – éd. La décou­verte. /em>

6 Uso­lo­gie : Mot formé à par­tir du latin usus, usage, et du grec logos, dis­cours.
Science des usa­ges défi­nis comme façons de faire, de faire usage de, ou uti­li­ser selon cer­tains modè­les ou for­mes, d’une manière répé­ti­tive ou non.
L’uso­lo­gie poli­ti­que met en obser­va­tion la maî­trise des usa­ges (ins­ti­tu­tions et pra­ti­ques) cons­ti­tu­tifs des champs qua­li­fiés de poli­ti­ques. Cette maî­trise est bras­sée par deux con­train­tes : celle de la pro­duc­tion de riches­ses et celle de leur dis­tri­bu­tion ou répar­ti­tion.
La maî­trise de ces con­train­tes déter­mine un ensem­ble de déci­sions et de lut­tes inces­san­tes aux plans éco­no­mi­que et social. […]

(J-P Lam­bert)