La peur d’attein­dre le point de non retour ?

Pour évi­ter la révo­lu­tion à 360 degré, celle qui revient au même sous de nou­vel­les appa­ren­ces trom­peu­ses, sous de nou­veaux jours qui déchan­tent, il faut faire vivre les prin­ci­pes qui fon­dent la démo­cra­tie au jour le jour et veiller à les faire vivre dura­ble­ment. Ces prin­ci­pes sont con­nus. On ne pourra pas les con­fon­dre avec ceux qui, au final, assu­jet­tis­sent la par­ti­ci­pa­tion d’un grand nom­bre - et non de tous - aux vel­léi­tés par­fois dan­ge­reu­ses d’un parti même s’il s’auto­pro­clame de gau­che. Ces prin­ci­pes sont don­nés de manière ori­gi­nale dans l’arti­cle “Démo­cra­tie, direct !” que l’on peut lire notam­ment ici.

Ce fai­sant, on doit pou­voir rom­pre avec la logi­que his­to­ri­que qui fait que toute ten­ta­tive d’éman­ci­pa­tion n’a pas su évi­ter de prê­ter le flanc à la répres­sion vio­lente. Car on ne dit jamais assez l’aveu­gle­ment des for­ces de la répres­sion, parce qu’aux ordres, pétries d’igno­rance et dopées par une frousse che­villée au corps; ainsi elles devien­nent vite san­gui­nai­res. Ces for­ces ne sont jamais aussi effi­ca­ces que lorsqu’elles par­vien­nent à rabat­tre, à cir­cons­crire et à iso­ler pour mieux met­tre en joug.

Ce que nous vivons avec tous nos con­tem­po­rains, c’est le cons­tat d’une résis­tance bien insuf­fi­sante alors que les for­ces du con­trôle se répan­dent et s’immis­cent par­tout dans nos vies pour mieux assu­rer le moment venu l’effi­cace de la répres­sion. La mul­ti­pli­ca­tion et la jux­ta­po­si­tion des lut­tes comme des grè­ves et des mani­fes­ta­tions, même légi­ti­mes, même inven­ti­ves, parce qu’elles obser­vent toute la règle du “cadrage sans débor­de­ments pos­si­bles”, ne sem­blent pas être un phé­no­mène à la hau­teur de la situa­tion : la somme des lut­tes n’est pas égale à une révo­lu­tion ou plus exac­te­ment à une révolte citoyenne per­ma­nente, de cel­les qui peu­vent garan­tir l’auto­no­mie de tous et l’éman­ci­pa­tion de cha­cun et ce, dura­ble­ment, à tra­vers les géné­ra­tions.

En con­sé­quence, un devoir de créa­tion s’impose, celle de la 1ère Démo­cra­tie. Peut-être en com­men­çant par l’orga­ni­sa­tion d’une cons­ti­tuante mais plus sûre­ment en la met­tant en pra­ti­que ce qui impli­que que l’on se désac­cou­tume de règles, de rites, de rituels, d’usa­ges, d’us et cou­tu­mes, de maniè­res, de pra­ti­ques et de réflexes tous de lon­gue date con­di­tion­nés.

La diver­sité ou l’huma­nité à nou­veau pos­si­ble

On voit bien à tra­vers la diver­sité des points de vue qui s’expri­ment de plus en plus par­tout, que si la moti­va­tion fai­tes de néces­sité et d’urgen­ces est au fond la même, rom­pre avec le régime poli­ti­que en vigueur même devenu ina­dé­quat comme renon­cer à notre mode de vie éculé et obso­lète n’est pas pour autant chose sim­ple et facile. Il ne faut cepen­dant pas dou­ter, qu’au béné­fice du retour des limi­tes, sous peine de tra­gé­die et dans l’ardente obli­ga­tion d’agir en poé­ti­que comme en poli­ti­que, nous y vien­drons tous, d’une manière ou d’une autre, pour fina­le­ment œuvrer de con­cert.

Nous allons déjà fai­sant face à un étrange cas de force majeure dont nous aurons été la cause sans le vou­loir, un cas de force pré­vi­si­ble, nihi­liste et glo­bal. Un moment qui nous impo­sera des con­train­tes dépas­sa­bles qu’à la con­di­tion d’une libé­ra­tion de tou­tes les autres con­train­tes préexis­tan­tes fai­tes de capi­ta­lisme (pour ne pas dire de libé­ra­lisme), de pro­duc­ti­visme et d’éta­tisme et, par­ti­cu­liè­re­ment depuis “l’inver­sion des calen­driers”, d’un élec­to­ra­lisme for­cené qui aura fini par trai­ter le vote donc le citoyen comme une mar­chan­dise.

On est, par ailleurs, bien en droit de se deman­der si le sys­tème ne va pas finir par s’effon­drer de lui même et à brève échéance. C’est l’objet d’un débat qu’il faut savoir mener comme bien d’autres cepen­dant il ne fau­dra pas s’y per­dre. Nous ne som­mes en effet pas obli­gés de comp­ter des­sus car l’effon­dre­ment - dont la pros­pec­tive est loin d’être pré­cise - sera au mieux un fac­teur d’accé­lé­ra­tion, au pire d’alté­ra­tion voire de cor­rup­tion, et non pas une garan­tie de la réa­li­sa­tion des alter­na­ti­ves, de tou­tes les alter­na­ti­ves, dont nous devrions voir très vite le carac­tère indis­pen­sa­ble à con­di­tion que l’on soit informé de leur exis­tence.




[1] Au sens “prise en mau­vaise part”