Politis : dérapage poujadiste sur le blog des rédacteurs
Par Minga le Mardi 8 décembre 2009, 18:00 - Rien ne va plus - Lien permanent
Claude-Marie Vadrot a commis le 29 novembre 2009 dans le blog des rédacteurs de Politis l’article le plus nul, le plus creux, et le plus stupide qu’il m’ait été donné de lire depuis longtemps, tous médias confondus. Qui aime bien châtie bien, dit-on, et, parce que c’est Politis, je vais prendre la peine de “démolir” ce “papier” virtuel consciencieusement, dans les règles de l’art.
Le plumitif qui a torché ce texte l’a nommé : “Première victime de la grippe : Internet où des millions d’internautes racontent n’importe quoi”. Même le titre est hors-sujet, car l’essentiel a été dit dès la première phrase :
“N’étant ni scientifique ni médecin, j’ignore si la grippe H1N1 est plus dangereuse que la grippe dite « saisonnière » et je ne suis pas en mesure de me prononcer sur la dangerosité éventuelle des vaccins proposés.”
Oui, l’essentiel est dit : Claude-Marie Vadrot n’a aucune compétence sur le sujet, et ses “compétences de journaliste” ne lui ont pas permis d’en apprendre assez pour savoir écrire quoi que ce soit de pertinent sur la grippe et les vaccins proposés. Coluche aurait dit : “Quand on en sait aussi peu : on ferme sa gueule !”. Mais Claude-Marie Vadrot n’est pas Coluche, et il insiste :
“Je constate simplement que la campagne de sensibilisation sur la grippe a été démente de stupidité et aussi que si cette grippe est vraiment dangereuse, comme je ne fais pas partie des personnes à risque, je n’aurais droit à la vaccination qu’en mars ou avril prochain, quand la pandémie sera terminée. Donc, si Madame Bachelot a raison, si nous sommes tous gravement menacés, je recevrais mon « bon » de la Sécu largement après ma mort. Sans oublier que la valse hésitation sur la nécessité d’un éventuel rappel ne facilite pas l’appréciation des citoyens.”
Là, notre plumitif bienheureux dans son ignorance relève tout de même une incongruité, en considérant son nombril : “si Madame Bachelot a raison, si nous sommes tous gravement menacés, je recevrais mon « bon » de la Sécu largement après ma mort.”. Effectivement, il y aurait là de quoi inquiéter d’autres citoyen-ne-s, et de quoi inciter les journalistes à informer, non ? Mais Claude-Marie Vadrot est-il encore journaliste, si tant est qu’il le fut un jour ?
“Mais à mes yeux, qu’il s’agisse de la grippe ou du vaccin, l’essentiel n’est pas là.”
Il est où , l’essentiel, alors ? Ce n’est pas le risque comparé de mourir de la grippe ou du vaccin, l’essentiel ? Eh bien, selon Jean-Marie Vadrot, non : l’essentiel serait “un vent de folie qui souffle sur Internet”, à l’opposé de “l’immense majorité des médias” qui “ont été plutôt clairs et raisonnables dans leurs appréciations” :
“Autant l’immense majorité des médias pris entre la propagande, leurs médecins qui n’ont pas vu un malade depuis des lustres, les volte-face des autorités, les impératifs supposés d’une impossible vaccination massive, ont été plutôt clairs et raisonnables dans leurs appréciations, autant Internet a prouvé que ce nouveau « média » était potentiellement dangereux. Car des millions d’internautes en proie à leurs fantasmes ou adeptes de la théorie du complot se sont lancés à l’assaut de la toile pour raconter n’importe quoi à n’importe qui. Ils le font d’autant plus efficacement et impunément qu’ils ne sont contrôlés par aucun modérateur ou rédacteur en chef et qu’ils ne font que répéter les « messages urgents » et les informations « graves » que relaient les uns et les autres sans aucune vérification. Le journaliste que je suis, bêtement, vérifie ses informations avant de les diffuser. Saisi du vent de folie qui souffle sur Internet, j’ai voulu vérifier le dérapage de la toile commenté par certains confrères. C’est encore pire que je ne l’imaginais.
Ayant passé des heures à parcourir les sites français, européens ou américains, j’y ai trouvé la triste preuve qu’Internet devient parfois un véritable danger public. Entre ceux qui expliquent que les usines pour fabriquer les vaccins ont été construites juste avant les premières annonces de la pandémie au Mexique, ceux qui racontent que le virus a été dispersé par avion et hélicoptères, les autres qui assurent qu’il s’agit d’un plan massif destiné à réduire la population de la planète. Il ne faut pas oublier non plus ceux qui évoquent une action de bioterrorisme menée, au choix, par les Juifs ou les Musulmans. Les plus modérés évoquent une opération destinée à masquer la crise économique et les plus obstinés rappellent évidemment les mystères maintes fois ressassés qui entoureraient l’attentat du 11 septembre.
Il faut également mentionner tous ceux qui racontent avec force détails que les gouvernements cachent les centaines de morts qui seraient provoqués par la vaccination de masse ou ceux, encore plus fort, qui assurent que le vaccin va durablement diminuer le QI (si, si, je l’ai lu) des vaccinés. Bref on nous ment, on nous cache tout et on cherche à détruire une partie de l’humanité. Voila le leitmotiv des fadas qui traînent leurs fantasmes sur Internet. Comme si la réalité ne suffisait pas : à savoir, dans un monde où les maladies seront de plus en plus mondialisées, le cadeau fait par la France aux grands laboratoires et une agitation sur la santé destinée à préparer les élections régionales.”
La citation est longue, il faut nous en excuser : elle est inversement proportionnelle à l’intelligence de son contenu : que nous chante-là Claude-Marie Vadrot, en effet ? “Le journaliste que je suis, bêtement, vérifie ses informations avant de les diffuser.”. Fort bien, Claude-Marie : c’est le B.A. BA du métier. Mais alors pourquoi n’a tu comme tu le précisais d’ailleurs fort honnêtement dans ta première phrase strictement aucune information ni opinion à ce sujet ? Pourquoi ? Mais Claude-Marie l’écrit : “Ayant passé des heures à parcourir les sites français, européens ou américains, j’y ai trouvé la triste preuve qu’Internet devient parfois un véritable danger public”. Le constat est triste, mais sans appel : il a perdu son temps en vain sans savoir trouver l’information dont il avait besoin. Faute de savoir chercher, et noyé dans l’océan de la diversité des points de vue sans les outils intellectuels pour se forger une opinion personnelle, il a prit peur … d’Internet ! Sans se rendre compte que sa peur “d’Internet” n’était en fait que la peur de sa propre inculture scientifique doublée de son incompétence à utiliser l’outil Internet pour accéder à l’information. Cette phobie irrationnelle chez les journalistes “complètement dépassés” n’est pas sans conséquence politique : elle favorise leur complicité ou au minimum leur rôle “d’idiots utiles” face aux lois liberticides telles que la loi Hadopi et au développement de nouvelles censures en tous genres.
Irait-il accuser l’air que l’on respire de “devenir un véritable danger public” parce que ses molécules auraient transmis le son d’une voix qui l’aurait traité d’imbécile ?
Et pourtant la liberté nous est vitale comme l’air que nous respirons, y compris et surtout sur Internet, seul moyen de communication qui ne soit pas unidirectionnel.
Il y a plus insidieux encore : puisque des théories fumeuses propagées par “des fadas qui traînent leurs fantasmes sur Internet” empêchent ce “journaliste” de faire son travail, “internet devient parfois un véritable danger public”. Conséquence logique, je suppose qu’il faut interdire … Internet ? Et pourquoi ne pas plutôt interdire les théories fumeuses, tant qu’on y est ? ça, on le sait depuis Galilée : parce que ce serait conférer à l’autorité chargée d’en juger une compétence qui n’est pas la sienne, comme celle de décréter que la Terre est plate. ou qu’un opposant n’est par définition pas sérieux, et relève nécessairement au mieux de la psychiatrie et sinon du goulag ?
D’ailleurs, Claude-Marie Vadrot l’affirme en même temps qu’il affirme ne pas avoir d’opinion sur la grippe et le vaccin proposé : “l’immense majorité des médias […] ont été plutôt clairs et raisonnables dans leurs appréciations”. A part, je suppose, ce gouffre conspirationiste infernal crée par la grâce d’un protocole nommé TCP/IP ? Pourtant, sur la grippe A, les médias traditionnels ont étés en dessous de tout. Ils ont “fait des Unes” avec des virus mutants … connus de l’OMS depuis avril 2009, avec des morts … plutôt moins nombreux que d’autres années, et avec les résumés alarmistes … du service communication du gouvernement plutôt qu’en allant vérifier l’information à sa source [1].
Toutes les dérives du journalisme, particulièrement bien analysées dans un numéro spécial du magazine “Manière de voir”, toutes les faiblesses de la formation des journalistes (dont leur inculture crasse des questions scientifiques et techniques), toutes les dérives stigmatisées par Serge Halimi dans “Les nouveaux chiens de garde” ressortent de ce “papier” de Claude-Marie Vadrot. Il y a dans son papier, à mon humble avis, la preuve que cette façon de faire du “journalisme du dimanche” sans information ni opinion argumentée constitue un “danger public” bien plus préoccupant pour les libertés que deux ou trois mille fadas sur Internet.
Sur ce plan, même le pire site “conspirationniste” peut encore avoir parfois un avantage sur ce qui nous sert de journalistes, désormais : n’ayant aucune chance d’être cru sur parole, il fait l’effort de citer ses sources. Ainsi, chacun peut vérifier, recouper, et se forger une opinion argumentée, après avoir trié le bon grain de l’ivraie. Certes, des théories “de fadas” existent, mais elles n’ont guère d’influence réelle. Elles en auraient encore moins si ce qui nous sert de journalistes faisait encore un peu de journalisme, en prenant la peine, au minimum, de citer correctement leurs sources et de recouper leurs informations avant de partager leurs états d’âmes.
Il y a des gens qui s’étonnent de la crise de la presse “papier”. Moi, quand je lis un article aussi poujadiste sur le web qu’il est vide sur le fond dans Politis, je me demande par quel miracle il se vend encore des journaux “papier” ! En y réfléchissant, j’y vois deux raisons :
- la première est que tout le monde ne maîtrise pas Internet, a fortiori parmi les journalistes.
- et la seconde … c’est que le papier présente encore un avantage substantiel : on ne peut pas se torcher le cul avec le web !
Notes
[1] Pour la grippe, les sources d’informations officielles telles que l’InVS et les GROG fournissent à la fois un résumé succinct et un document pdf plus détaillé. Vus les conneries répercutés par les principaux médias, je me demande si beaucoup de journalistes ont ouvert ces fichiers pdf ?
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