Concordance des temps
- Article par Anne Flambard
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Posted on Sunday 21 June 2009, 06:00 - updated on 21/06/09 - Édito - Permalink
Ça y est, c’est parti, chacun y va de sa diatribe !
Adolescent attardé se soûlant de belles paroles, lectures mal comprises, paranoïa, mysticisme…. Pour les uns,
modèle, idéologue pour les autres. Tout y passe, la prose de Julien Coupat exalte ou dérange.
Et comment ne pas se sentir « dérangé » quand est montrée du doigt l’inaptitude à trier le vrai de l’intox, quand sont désignés les « faiseurs » de terroristes qui ont relayé, les yeux fermés, les allégations manipulatrices sur les « dangers » d’une prétendue nouvelle mouvance.
Accepter sans dénoncer que tous et n’importe qui soient assimilés à des terroristes du leader syndical au faucheur d’OGM , en passant par le « saboteur » de radars et le manifestant altermondialiste pacifiste, sans oublier l’étudiant refusant la marchandisation des savoirs… Protester plus que mollement quand chaque convocation se transforme en garde à vue humiliante, chaque interpellation en arrestation musclée. Aux oubliettes la présomption d’innocence, tous coupables à priori ; car il ne s’agit presque plus aujourd’hui pour le parquet de prouver la culpabilité de ceux qu’il enferme mais bien à chacun de prouver son innocence.
Comment ne pas se réjouir quand enfin sont dénoncés, sans langue de bois, les mensonges, l’hypocrisie de ceux qui réfutent un pouvoir dont ils lorgnent une parcelle. Des révoltes de papier à peine incendiaires incapables de changer de paradigme, incapables d’enflammer une insurrection constructive. Tous, ne proposent que des aménagements d’un système atteignant ses limites, aucun n’en envisage véritablement la fin, il n’y a qu’à observer leur opiniâtreté à s’y faire une place, leur hâte à participer, tête baissée, aux différentes joutes électorales ; aucun ne renonce, tous se déchirent, là où ensemble ils pourraient raisonnablement espérer être plus forts.
Au temps de la politique spectacle il faut briller plus que convaincre, paraître plus que faire. Ils n’ont, jusqu’à présent, apporté que déceptions, désillusions, aucun autre possible ne se dessine sous leurs plumes, aucune nouvelle aspiration ; peu inspirés qu’ils sont, tenus, retenus par leurs ambitions carriéristes ; Julien Coupat ironise fort à propos sur ces « cours », à droite comme à gauche, cours, qui ne tolèrent plus même les « fous », ces énigmatiques personnages qui bénéficiaient d’une certaine latitude pour se moquer du roi ; seulement des courtisans se disputant les places pour une miette de ce pouvoir, une larme d’audience, une once de popularité.
Le pouvoir n’a rien à envier à la reine de cœur de Lewis Carroll, pour ceux qui sont en place, la désobéissance, l’insoumission, le « pas de côté » sont autant de brèches ouvertes ; lors, la menace se concrétise et pour d’urgence éviter la contagion l’heure arrive de “couper les têtes”, de surveiller, d’intimider, d’assimiler militants et casseurs, grévistes et délinquants sociaux, chômeurs et feignants, fonctionnaires et privilèges, étrangers et parasites, pauvre et « raté », jeunesse et violence…. Tous criminels, dangereux puisque sans respect aucun des droits élémentaires, ils subissent garde à vue arbitraires, filatures, surveillance, perquisitions, prise d’ADN… et pourquoi pas, dès demain, « puçage », bracelet, marquage, intrusion dans la vie privée….
Si les tenants du pouvoir actuel désignent leurs « terroristes » par la chasse qu’ils leur donnent, à notre tour décomplexons nous en les traitant à la hauteur du danger qu’ils représentent, exerçons aussi notre souveraineté.
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