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Quand le Japon passe la main à l'AIEA

Mabesoone_LM_30-01-12.jpgDemain, plus que jamais, habillons-nous de jaune et, pour les habitants de Tokyo qui ont le temps, rendons-nous en face du Ministère de l’économie (Meti) afin de soutenir « la tente des Mamans de Fukushima ». Car demain est un jour crucial.

C’est demain 31 janvier, que l’inspection de l’IAEA au Japon se termine et que ses membres vont remettre au Ministère de l’économie japonais leur rapport sur les « stress tests » à la centrale de Ohi (R2 et R3). Bien sûr, cette inspection avait simplement pour but de justifier et de « légitimer » l’accord déjà donné par la NISA (la NISA, homologue de l’ASN en France, est l’agence chargée de la sûreté nucléaire au Japon dépendante du Ministère de l’économie).

Mais bien sûr, la remise en service de la centrale d’Ohi n’aura pas lieu tant que le Gouverneur de Fukui et le Maire de Ohi n’auront pas donné leur accord, ce qui est loin d’arriver étant donnée la forte mobilisation citoyenne. Cependant, nous pouvons peut-être obtenir grâce au sitting qui se prolonge [1] devant le ministère, une déclaration critique ou accompagnée de conditions de la part de l’IAEA.

Aussi, vous pouvez déclarer votre opposition à la remise en service des centrales nucléaires au Japon en téléphonant, en télécopiant ou en écrivant au bureau de l’IAEA à Tokyo :

IAEA Tokyo Office
Bldg SEIBUNKAN 9F
1-5-9 IIDABASHI CHIYODA-KU
TOKYO 102-0072
Tél:03-3234-7186
Fax:03-3234-7214
http://www.iaea.org/ (HP du siège, en anglais)

Par ailleurs, nous avons appris de la bouche de son Secrétaire Général Yukiya AMANO, le 28 janvier dernier, que cette mission de l’IAEA au Japon avait un autre but. Il s’agissait en effet de préparer la création d’un bureau de l’IAEA dans la préfecture de Fukushima. L’annonce de la création de ce bureau a été largement relayée par les grands quotidiens, mais personne n’a indiqué pourquoi ce bureau était indispensable. Sauf un seul petit journal de province, le Osaka nichinichi Shimbun [2] qui n’a pas hésité à reproduire une phrase étonnante de M. AMANO :

「除染や使用済み核燃料の処理の問題に関してはウィーンの本部で扱うが、現地と連絡を密にすることができる」

« Le siège [de l’IAEA], à partir de Vienne, s’occupera de la décontamination et du problème du combustible usagé et nous pourrons ainsi avoir prise directe sur ce qui se passe sur place ».

Qu’ouïs-je ? « Le problème du combustible usagé » !?

C’est la première fois depuis très longtemps que des autorités officielles osent parler des 1533 barres de combustible usagé [3] encore « toutes chaudes » stockées dans la piscine du réacteur n°4 (cf. la photo du jour [4]. Nous savons tous que cette piscine a été endommagée régulièrement par les tremblements de terre successifs, que son système de refroidissement a été réparé de partout, avec des canalisations en plastique mou, qui explosent en cas de gel en cette période hivernale où il fait -6 degrés tous les matins à Fukushima Daiichi [5].

Les 14 fuites reconnues avant-hier par la tepco ne sont que la partie visible de cette pieuvre géante blessée à mort. L’IAEA le sait bien, un effondrement de la piscine provoquera la fusion des barres soit  la libération d’une quantité considérable de radionucléides dans l’atmosphère équivalent au combustible contenu par 2 à 3 réacteurs ! Et Tokyo doit être évacuée…

Or, un document interne de la Tepco datant de fin décembre 2011 [6] indique que le déplacement des barres de combustible usagé vers un lieu plus sûr ne doit commencer qu’à la fin de l’année 2013. Selon toute vraisemblance, la Tepco a demandé l’aide de l’IAEA via le gouvernement, car il y a maintenant urgence. Depuis le séisme du 1 janvier, tout indique qu’il y a une reprise importante des fuites de césium en provenance de la centrale.

Mais un « passage d’armes » à l’IAEA signifie aussi une influence accrue des États-Unis sur la gestion de la catastrophe et, c’est à craindre, encore moins de transparence. Déjà, des rumeurs sur internet parlent de la volonté des États-Unis de faire passer, via l’IAEA, les déchets nucléaires – d’origine militaire - de leurs bases, afin de les stocker avec les barres de combustible dans une installation sous la houlette de l’ONU. Ce qui est sûr, c’est qu’aucun contrôle démocratique ne sera plus possible si l’IAEA devient le principal maître d’oeuvre à Fukushima.

Allez, demain, tous au Ministère de l’économie !


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Laurent Mabesoone

Author: Laurent Mabesoone

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Comments (3)

Mabesoone Mabesoone ·  30 January 2012, 16h22

Si vous desirez exprimer votre opinion sur ce sujet, vous pouvez aussi ecrire directement (en anglais de preference ) a l’adresse suivante au IAEA : info@iaea.org <info@iaea.org> http://www.iaea.org/About/contact.h… Voici le courriel que je viens d’envoyer : “You are not welcome in Japan. No Ohi plant, no any more nuclear plant here in Japan. Let us leave in peace with our children. Keep your evil industry. Shame on you !”

Mabesoone Mabesoone ·  31 January 2012, 01h10

M. Amano, deja tres connu pour ses amities nuclearistes avec les USA, ferait echapper encore plus les travaux a tout controle democratique. On passerait d’un unilateralisme incompetent a un bilateralisme (US-Japon) criminel. Pour beaucoup d’observateurs (sur les reseaux sociaux, twitter et autres) ce que sous-entend la petite phrase de Amano, c’est : on laisse les Japonais se denucleariser, OK, mais en echange, vous nous construisez un centre de stockage definitif a la disposition des USA (les americains croulent sous les dechets, et meme le New Mexico ne veut plus consrtuire de centre de stockage definitif, comme en Finlande)…

Mabesoone Mabesoone ·  31 January 2012, 04h46

Comme prevu, l’IAEA vient d’approuver, sans aucune reserve, l’accord de la NISA (ASN japonaise) sur le stress test de la centrale de Ohi (3 & 4). La conference de presse au Foreign Press Center, qui vient de se terminer etait une longue suite de compliments a la NISA…

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