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Désert ou brousse ?

Le désert idéo­lo­gi­que fran­çais décrit par Alain Duha­mel dans Libé­ra­tion existe-t-il vrai­ment ? S’il n’y a plus un seul maî­tre à pen­ser comme le furent Aron, Sar­tre ou Camus, s’il n’y a plus, en poli­ti­que, d’intel­lec­tuels pha­res sur le modèle d’Althus­ser, Furet, Brau­del ou Fou­cault, il y a aussi un foi­son­ne­ment de réflexion hors des cer­cles intel­lec­tuels paten­tés.

C’est plu­tôt d’une brousse où il est dif­fi­cile de se retrou­ver dont on devrait par­ler. Les mots doc­trine ou idéo­lo­gie sont deve­nus tabous et, sur­tout, les médias ayant perdu toute cré­di­bi­lité, les nou­vel­les idées cir­cu­lent sur­tout sur Inter­net. Cela induit plu­sieurs pro­blè­mes :

  1. Ces idées cir­cu­lent en cir­cuit fermé dans des cer­cles très res­treints et n’attei­gnent que trop rare­ment le citoyen lambda, celui qui jus­te­ment est en man­que de repère.

  2. Ces idées sont ato­mi­sées et par­cel­lai­res alors que l’on a besoin d’ima­gi­ner un nou­veau para­digme qui prenne en compte tous les aspects de la crise que nous vivons. Et c’est en cela que man­quent des idéo­lo­gues capa­bles de déve­lop­per une pen­sée sys­té­mi­que.

Mais, avons-nous besoin pour cela d’un nou­veau maî­tre à pen­ser ? Som­mes-nous inca­pa­ble de pen­ser par nous-même ? D’ailleurs, ces maî­tres à pen­ser ont-ils influé sur le monde d’une quel­con­que manière ?

Si «La poli­ti­que, ce sont les idées», alors, il faut nous récon­ci­lier avec la poli­ti­que et les idées, ne plus croire que la poli­ti­que com­mence et fini avec les fou­ca­des d’un Sar­kozy, les éter­nel­les chi­ca­ne­ries du PS et les pitoya­bles ges­ti­cu­la­tions de la gau­che de la gau­che.

L’Inter­na­tio­nale – la chan­son – célé­brait la “lutte finale”. Aujourd’hui, il n’y en a plus que pour les “lut­tes” au plu­riel et c’est assez symp­to­ma­ti­que. D’abord, on a laissé tombé le “final” parce qu’on a, en réa­lité, aucun espoir – ni envie peut-être – de voir triom­pher ses idées. Ensuite, on est passé au plu­riel pour mon­trer que l’on n’est pas seul. En fait, ce plu­riel ne fait que mon­trer avant tout l’ato­mi­sa­tion des mou­ve­ments con­tes­ta­tai­res et leur inca­pa­cité à se fédé­rer.

Par ailleurs, le fait de vou­loir se can­ton­ner à des lut­tes loca­les mon­tre éga­le­ment leur impos­si­bi­lité à pren­dre de la hau­teur et à occu­per le ter­rain idéo­lo­gi­que aujourd’hui mono­po­lisé par les droi­tes libé­ra­les. Il faut en finir avec ce mythe des “lut­tes”. Croire que des actions loca­les limi­tées, quelle que soit leur enver­gure, pour­ront ame­ner à la solu­tion de cette crise est une dan­ge­reuse illu­sion qui ne peut mener qu’à un nihi­lisme déses­péré avec son coro­laire : un régime auto­cra­ti­que et auto­ri­taire. Et com­ment espé­rer faire tom­ber le capi­ta­lisme sans avoir d’alter­na­tive à pro­po­ser ? Qui peut croire qu’un nou­veau sys­tème va émer­ger sou­dain du désert idéo­lo­gi­que, un sys­tème qui ne soit pas pire que le pré­cé­dent ?


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Edrobal

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Comments (2)

Lotaire Lotaire ·  09 October 2009, 10h06

Il y a un nou­veau para­digme à cla­ri­fier et en train de se des­si­ner. Celui d’un monde ou l’homme vivra plus long­temps, plus jeune, ou il y a aura moins de repro­duc­tion bio­lo­gi­que, une popu­la­tion en dimi­nu­tion pro­gres­sive ce qui induit une autre forme d’orga­ni­sa­tion sociale : filia­tion, héri­tage, repro­duc­tion sociale, classe sociale, accu­mu­la­tion à trans­met­tre, famille, appro­pria­tion, tra­vail, hie­rar­chi­sa­tion etc..
Tout cela bas­cule pro­gres­si­ve­ment.

Mais, d’une, lais­sez moi le temps de publier :)) et de deux, com­pre­nons que la plu­part des intel­lec­tuels con­tem­po­rains sont des indi­vi­dus inté­grés, accul­tu­rés au pro­grès, à la crois­sance, à une vie quo­ti­dienne nor­mée de lon­gue date, ou, pour les plus éveillés, au moins à la famille, la pro­priété indi­vi­duelle, au droit..
Pen­ser l’huma­nité à venir, dont l’impor­tance du chan­ge­ment n’a pour pré­cé­dent que le pas­sage de la pré­do­mi­nance néan­der­ta­lienne à celle du sapiens, est tout sim­ple­ment impos­si­ble pour qui n’est pas à la fois en dedans de notre temps et en dehors de l’huma­nité elle-même.
Mais l’étape pré­cé­dente a pris plu­sieurs mil­liers d’année alors que celle pré­sente ne s’étale que sur deux à trois siè­cles.

Il ne s’agit donc plus de repé­rer des ‘maî­tres à pen­ser’, vieille for­mule sco­las­ti­que qui mon­tre assez sa filia­tion lon­gue et épui­sée mais des jalons, des points de repère qui font sens et syn­thèse pro­gres­si­ve­ment. C’est bien la fin de la période ‘hié­rar­chi­sée’ de notre espèce qui dilue la ‘figure de l’intel­lec­tuel’…

Il suf­fit pour l’ins­tant que ger­ment des bri­bes, des fila­ments dans les esprits. Des cho­ses lues, oubliées, igno­rées, mépri­sées mais qui ger­ment par la force de la néces­sité… sans aucun hasard.

Anne-F Anne-F ·  12 November 2009, 13h04

en atten­dant le temps néces­saire pour publier, qq bri­bes, fila­ments: http://www.netoyens.info/index.php/…

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