Tentative de coup d’État en République du Honduras
- Article par Marina Almeida
- |
- Commentaires (3)
- |
- Annexes (0)
- |
- Flux RSS
Publié le dimanche 28 juin 2009, 16:30 - modifié le 28/06/09 - Parcourir - Lien permanent
Alerte ! Les pouvoirs publics et l’armée de la République du Honduras se rebellent contre l’exécutif pour faire avorter une consultation populaire qui vise - à moyen terme - à remplacer la démocratie représentative par une démocratie directe et participative !
Dans une république d’Amérique Centrale qui depuis son indépendance de l’ex-Empire espagnol en 1844 a souvent vécu sous la dictature militaire (la dernière couvrant la période 1973-1980), une république qui a servi de base d’opérations pour les actions d’ingérence dans le Nicaragua sandiniste des années 80, une république où seuls deux partis politiques se disputent le pouvoir depuis trente ans, dont l’oligarchie n’est composée que de cinq familles, qui a un million de jeunes ressortissants vivant aux États-Unis et où 6 personnes sur 10 vivent sous le seuil de pauvreté… les pouvoirs publics et l’armée se rebellent contre l’exécutif pour faire avorter une consultation populaire qui vise - à moyen terme - à remplacer la démocratie représentative par une démocratie directe et participative !
Dès le début de son mandat en janvier 2006, le président, Manuel Zelaya, élu en tant que conservateur et membre du Parti Libéral, avait pris ses distances avec les groupes de pouvoir économique. Il a supprimé les subsides étatiques aux grandes entreprises, combattu l’évasion fiscale, la vente d’armes et de médicaments aux mains d’un potentat de la presse, aboli le monopole d’importation de combustibles, supprimé des subventions présidentielles millionnaires aux grands médias, décrété une augmentation substantielle du salaire minimum et, pour répondre aux revendications des populations, ouvert une sorte d’audit social au Palais Présidentiel.
Dès le début de son investiture il a fait adopter une loi appelée « Loi de la Transparence » qui annule le secret frappant les documents dits “privés”, permettant ainsi aux citoyens d’avoir accès à tous les documents les concernant.
En même temps, il a fait adopter une loi, appelée « Loi de participation citoyenne », sur la participation citoyenne concernant les questions qui préoccupent les peuples, leur donnant la possibilité de manifester leurs opinions, de participer aux enquêtes et d’être consultés.
L’article 5 de cette Loi dit : « L’initiative citoyenne est un mécanisme de participation au moyen duquel le citoyen pourra présenter les demandes suivantes : solliciter aux membres officiels de l’État qu’ils convoquent la citoyenneté pour que celle-ci fasse connaître son opinion, formule des propositions et des solutions aux problèmes qu’elle rencontre ».
Sur la base de cette loi, et après la collecte de presque 500.000 signatures citoyennes, il était question d’installer des urnes dans les 15 000 bureaux de vote pour une consultation populaire le dimanche 28 juin 2009. Cette consultation populaire porte sur l’installation d’une quatrième urne lors des élections générales de novembre 2009 pour le vote positif ou négatif à propos de la convocation d’une nouvelle Assemblée Constituante, ce qui permettrait, entre autres, une participation populaire directe, une réforme de la Constitution et l’éventuelle réélection du président Zelaya - la Constitution actuelle interdisant la réélection.
La question qui sera présentée aux votants lors de cette consultation citoyenne est la suivante : « Êtes-vous d’accord pour que l’on installe une quatrième urne aux prochaines élections présidentielles afin de convoquer à l’élection d’une Assemblée Constituante ? »
Cette consultation n’est pas de nature référendaire, plébiscitaire ou électorale. Il s’agit d’un acte d’évaluation statistique. En d’autres termes, il s’agit d’une enquête nationale d’opinion. La compétence du Tribunal national électoral n’est pas requise et l’enquête peut même être conduite par un organisme privé.
À quatre jours de cette enquête nationale, le mardi 24 juin, le chef d’état-major général des forces armées, le général Romeo Vasquez, responsable de la logistique et de la distribution des urnes a informé le président Zelaya, son supérieur direct et chef de l’État, de son intention de ne pas accomplir cette fonction présentant l’argument pseudo-légaliste de la soi-disant illégalité de l’enquête.
Pour l’essentiel, cet argument est fondé sur le fait que la Constitution actuelle, rédigée sur mesure pour préserver les intérêts des puissants, interdit tout changement substantiel du texte constitutionnel. Or la question qui sera formulée lors de ladite enquête porte en soi la possibilité d’un changement radical.
Le lendemain, le Président Zelaya a annoncé publiquement sa décision de limoger Romeo Vásquez et le surlendemain - sans avoir reçu aucun document de la part de l’exécutif confirmant sa décision de limogeage - la Cour suprême de justice, qui ne fait justice qu’aux riches, aux banquiers et aux puissants de ce pays, a déclaré la destitution de Romeo et la consultation comme illégales, et, pour ce qui est de la consultation, sans jamais avoir officiellement questionné cet acte par voie légale.
De leur côté, le Procureur de la République et le Parlement - qui s’est réuni le même jour en session permanente pour évaluer la possible destitution du président - se sont immédiatement rallié à la décision de la Cour suprême de justice. Et pour cause ! Zelaya avait également pris ses distances à plusieurs reprises avec ces dignes représentants de la démocratie bourgeoise au point de ne pas transmettre au Parlement le budget de l’année en cours (2009) pour empêcher que les impôts des citoyens ne financent la campagne des partis traditionnels, alliés contre l’intérêt des peuples et contre l’exécutif, qui, du coup, s’est retrouvé sans presque aucun représentant au Parlement.
Quant aux médias, qui ont orchestré une campagne médiatique (donc psychologique) millionnaire pour déclarer la consultation illégale et discréditer l’exécutif au moyen d’arguments obsolètes (suppression de la propriété privée) et des fantasmes (enfants enlevés à leur famille par l’État) qui rappellent ceux de la Guerre Froide, désinforment, terrorisent et œuvrent dans le sens de la sédition. Ils ont même proposé d’arrêter la guerre médiatique contre Zelaya si celui-ci annulait la consultation.
De toute évidence, les trois grands pouvoirs du Honduras - les grands entrepreneurs industriels, les médias et les forces armées - ne veulent surtout pas que le peuple s’organise.
À un autre niveau, dans cette République, lorsque le peuple fait montre de son intention et de son esprit républicains, le pouvoir judiciaire (allié de l’oligarchie) intervient et oppose un déni des volontés du peuple en boycottant le pouvoir exécutif qui le soutient …
Ces récents événements en Honduras ressemblent à une triste et macabre « répétition » que l’Amérique Latine connaît si bien : tentative de coup d’État de la part des pouvoirs réactionnaires publics, privés et militaires contre un gouvernement qui s’est progressivement placé du côté des laissés-pour-compte dans le cadre du Socialisme du XXIe siècle en Amérique Latine !
Les huit pays membres de l’ALBA (Alliance Bolivarienne pour les Amériques et la Caraïbe), dont le Honduras fait partie depuis août 2008, ont manifesté leur soutien dans un communiqué officiel : « Nous déclarons que nous nous mobiliserons aux côtés du digne peuple du Honduras devant toute tentative de l’oligarchie de briser l’ordre constitutionnel et démocratique dans cette République, notre sœur de l’Amérique Centrale ».
L’OEA (Organisation des États Américains), organisme à la longue trajectoire pro-étatsunienne, a publié un communiqué en faveur de l’état de droit en Honduras soutenant implicitement la consultation. Elle enverra ses chargés de mission en Honduras et ce, même après que ces représentants de l’OEA aient été déclarées persona non grata par le Parlement hondurien.
La Cour Interaméricaine des Droits de l’Homme et de nombreux présidents et premiers ministres latino-américains ont également fait connaître leur soutien au peuple hondurien et au président Zelaya.
Mercredi 24 juin dernier, le président de l’Équateur, Rafael Correa, déclare : « L’oligarchie a recours à des formalismes légaux qu’elle respecte au maximum lorsque cela lui convient et piétine allègrement lorsqu’ils ne servent pas ses propres intérêts ».
Jeudi 25 juin, le président du Venezuela, Hugo Chávez, signale dans une déclaration télévisée que toute ressemblance entre ce qui se passe en Honduras et les événements survenus au Venezuela en 2002 ne relèvent pas de la pure coïncidence.
Le même jour, Fidel Castro écrit : « Zelaya n’a absolument pas violé la loi, il n’a fait aucun coup de force. […] Ce qui se passe dans ce pays sera un test pour l’OEA et pour l’administration étatsunienne ».
Le président Zelaya, accompagné par une foule nombreuse, se rend à l’aéroport de Toncontin, près de la capitale Tegucigalpa, pour récupérer le matériel électoral réquisitionné dans les installations des Forces Aériennes.
Le soir même, ce matériel commençait à être distribué par les citoyens, venus en renfort avec leurs véhicules, dans les 18 départements du pays.
Vendredi 26 juin, informé des menaces proférées par les patrons aux travailleurs qui participeraient à la consultation et au regard du vaste terrorisme médiatique déployé, le Palais Présidentiel annonce l’ouverture, dans diverses villes du pays, des bureaux de plaintes tenus par la COFADE (Comité des détenus et des disparus) et la CODE (Comité de défense des droits de l’Homme).
Samedi 27 au soir, toutes les urnes étaient distribuées, certaines à dos de mule, grâce à la participation volontaire de 45 000 citoyens. À la demande de l’exécutif, elles sont gardées jalousement par le peuple et la police alors que les militaires sont tenus, par ordre du Président, de ne pas sortir de leurs casernes le jour de la consultation.
Ce matin du dimanche 28 juin, les urnes ont été installées dans tous les parcs des villes principales où devaient se rendre les citoyens pour exercer leur droit de participation.
Le directeur des Opérations électorales de l’OEA, Raúl Alconada, qui est déjà arrivé en Honduras a déclaré : « Espérons que cette participation se déroulera de manière pacifique et que les groupes politiques qui s’y sont opposés sauront faire une lecture appropriée de ce que signifie une participation politique citoyenne ».
D’autres photos :
- lajiribilla.cu | El pueblo hondureño enfrenta el golpe de Estado
Sur le même sujet :
Document(s) attaché(s) :
-
aucune annexe
Évaluer ce billet
4/5
- Note : 4
- Votes : 1
- Plus haute : 4
- Plus basse : 4
-
Marina · 28 juin 2009, 20:29
-
À Tegucigalpa, tôt ce matin, le jour de la consultation populaire, 200 militaires cagoulés on pénétré par effraction dans le résidence du président Zelaya. Il a été frappé et séquestré puis emmené au Costa Rica.
Voir sur la carte
De la tentative de coup d’état technique on est passé au coup d’état militaire effectif.
On a également violenté et séquestré la Premier Ministre, Patricia Rodas, qui sera expulsée du pays.
Les ambassadeurs du Venezuela, du Nicaragua et de Cuba ont également été frappés par les militaires.
Le peuple s’est réuni autour du Palais présidentiel et chose intéressante, les gens ont déposés des urnes sur les toits des voitures et votent malgré tout.
Dans le pays on a coupé l’électricité et les lignes téléphoniques. Les télévisions et les radios ont cessé d’émettre. Seule la communication satellitale est possible.
Marina -
To be or not to be · 29 juin 2009, 02:28
-
Ce qui se joue en ce moment à Tegucigalpa (Honduras) est l’avenir de la démocratie au niveau de la planète. Obama sort les mêmes griffes de ces prédécesseurs et “se refuse à intervenir dans les affaires internes” du Honduras alors que l’ancienne Ministre des Affaires Étrangères déclare que le Président Zelaya avait accepté les conditions imposées par l’opposition devant les membres du Congrès du Honduras, l’ambassadeur des USA et des représentants de l’Administration Américaine !!!! Devant ce refus d’intervenir, le Secrétaire Général de l’Organisation des États Américains, José Miguel Insulza, se dirige en ce moment à Tegucigalpa dans un avion des Forces Aériennes du Chili, pour une mission de l’OEA mandaté par l’UNASUR (Union des Nations d’Amérique du Sud) présidée par Mme. Michelle Bachelet, après consultation et accord de tous ses membres au plus haut niveau et après avoir informé de cette décision les autres membres de l’OEA (y compris les USA) à niveau de Ministres des Affaires Étrangères. La tentative de nouvelle mise au pas de l’Amérique Latine n’a pas été seulement très mal vécue par la gauche latino-américaine mais aussi par les gouvernements de droite de la région comme le Peru et la Colombie et pour mieux mesurer la portée des évènements qui se déroulent en ce moment il suffit de constater la violente réaction du Parti Populaire espagnol contre ce coup d’état. Personne (à part les USA) n’a intérêt à voir l’Amérique Latine sombrer une nouvelle fois dans les chaos des dictatures. Nous avons tous l’obligation de soutenir les efforts pour que le Honduras redevienne une démocratie et le Président Zelaya retrouve sa place à la tête du pays dans les plus brefs délais.
Voir sur la carte -
To be is the best choice · 29 juin 2009, 02:53
-
@To be or not to be : Lo que actualmente sucede en Honduras no es nada nuevo, la derecha de los países centroamericanos se encuentra impotente y rabiosa ante la posibilidad de perder privilegios y poder. En Guatemala se vivió hace poco una situación de peligro constitucional con la muerte de un abogado -Rodrigo Rosenberg- quien dejó un vieo acusando de su asesinato al Presidente y a personas allegadas a él. La derecha comenzó un movimiento aparentemente cívico demandando una investigación, pero poco a poco fue quitándose la careta y resulta ser un intento de golpe de Estado disfrazado. En Honduras, los grupos que dominan el poder económico están usando a las fuerzas armadas como sus esbirros y a los diputados como sus peleles, tal y como lo hicieron en el pasado y hacen todavía sus pares en toda la región. En América Latina nadie quiere la intervención de Estados Unidos. Eso sería peor aún que el golpe mismo, por eso la actitud de Obama se percibe como moderada y cauta, a la espera de la reacción del resto de los gobiernos latinoamericanos, entre los cuales existen instancias de apoyo, como el Grupo de Río.
Voir sur la carte




