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Huile de palme à Port-la-Nouvelle : lettre ouverte à Robert Navarro, premier Vice-Président de la région Languedoc-Roussillon

L’indignation à son comble

Après plusieurs semaines d’enquête, Netoyens.info alertait le 9 mars dernier, sur le projet de construction à Port-La-Nouvelle (Aude) d’une usine de traitement et d’un site de stockage d’huile de palme d’importation.

On connaît de mieux en mieux les méfaits sanitaires de l’huile de palme et plus personne n’ignore combien la monoculture du palmier à huile est prédatrice de bois et forêts à travers le monde. La zone industrielle où doit être implantée l’usine est déjà classée SEVESO. L’été dernier encore, elle a été le lieu d’une explosion faisant 13 blessés et, plus récemment, d’une coulée de 3500 tonnes de ciment qui aurait pu polluer gravement l’environnement. La cause ? «un écrou mal fixé».

C’est par la publication de cette lettre ouverte adressée à Robert Navarro, premier Vice-Président de la région Languedoc-Roussillon chargé « des ports et du TGV » et suite à sa prise de position publique lors d’une interview par le journal La Dépêche en date du 10 mars dernier que Netoyens.info se joint au collectif NOPALME (*) qui vient d’être créé dans l’objectif de stopper ce projet industriel et de proposer des alternatives.

Par : Fabrice Nicolino, Sylvain Angerand, Éric Jousse, Christian Sunt, Yann Fiévet, Christian et Sonja Laborde.

L’initiative citoyenne est soutenue par Paul Ariès, Directeur du Sarkophage et Corinne Morel-Darleux, Conseillère régionale Rhône-Alpes (PG).



(*) Nouvelles Orientations Pour des Alternatives Locales en Méditerranée - Pour contacter les porte-paroles : nopalme@netoyens.info


Monsieur le Vice-Président,



L’interview
que vous avez donnée à La Dépêche le 10 mars dernier [1] pose les termes d’une véritable provocation et d’un débat qui fera de nous très certainement vos adversaires à compter de ce jour et jusqu’au retrait du projet.

Rappelez-vous. Il s’agit de cette usine qui doit être construite à Port-la-Nouvelle (Aude) incluant une plateforme d’importation et de stockage d’huile de palme produite et importée par la multinationale Sime Darby Unimills. Cette huile viendra d’abord d’Indonésie et de Malaisie, et parce qu’il ne restera bientôt plus une forêt à dévaster ou un paysan à expulser dans ces pays, c’est l’Afrique qui payera le prix fort de votre ambition économique. Alimenter une usine d’huile de palme en France plutôt que nourrir des populations qui crèvent de faim, voici une belle perspective pour un visionnaire !

Il n’y a là nul fantasme. Sime Darby a déjà acquis plus de 200 000 hectares au Liberia, dans un pays qui sort juste de la guerre, gangrené par des conflits fonciers entre les communautés qui réclament le droit de cultiver la terre et des entreprises qui les accaparent pour alimenter la course à la consommation des pays riches.

Cette importation d’huile de palme a pour vocation de compenser le transfert vers la production d’agrocarburants, d’oléagineux produits localement et prévus initialement pour la filière agroalimentaire. Il est plus facile en effet de produire des agrocarburants avec des huiles de colza ou de tournesol et plus rentable de fabriquer du rouge à lèvre, de la lessive ou de célèbres pâtes à tartiner à partir de l’huile de palme. On verra que ce n’est pas sans quelques contreparties fâcheuses.

Les ravages de la monoculture industrielle extensive de palmiers à huile au détriment de forêts primaires et secondaires - comme de l’appétit insatiable de nouveaux profits - ne semblent pas avoir de limites et le plus étonnant, c’est que vous cautionniez sans sourciller de telles pratiques.

Ainsi, il est donc prévu qu’avec le soutien jusqu’ici indéfectible de la Région Languedoc-Roussillon et de l’État, cette usine soit construite en front de mer aux confins d’une zone SEVESO implantée au nord de Port-la-Nouvelle, ville de votre belle région par ailleurs très connue pour sa station balnéaire mais aussi pour les espaces naturels magnifiques et heureusement encore protégés qui se trouvent à sa périphérie.

Vous semblez en outre avoir promis aux grands “dealers” mondiaux d’huile de palme, Sime Darby et son partenaire Vopak, la construction d’un port en eau profonde qui figure sur les plans comme une extension de la zone industrielle bien connue pour ses dangers et ses pollutions, extension qui devra empiéter sur un espace naturel côtier dont le littoral est lui aussi protégé.

Voici donc posés les termes de notre différend et de la confrontation qui vient car, en effet, vous faites sans doute une grossière erreur d’affirmer avec autant d’imprudence que « ceux qui critiquent cette installation sont à côté de la plaque ».



Parlons d’abord des créations, celles des 50 emplois que promet à terme le ravageur de forêt indonésiennes, malaisiennes et désormais africaines. Combien d’argent public promettez-vous pour si peu de créations d’emplois en perspective ? 200 millions d’euros ? Plus ? Moins ?

Parlons aussi des 200 ou peut-être bien seulement des 150 autres emplois que vous annoncez sans d’ailleurs aller jusqu’à les promettre - votre honnêteté vous y oblige sans doute - sauf à nous parler d’une obscure « opération à tiroirs » qui ne verront jamais la couleur des dollars que le raffineur transnational saura bien mieux redistribuer… à ses actionnaires. 50 ? 150 ? 200 ? C’est tout de même bien peu au regard des 200 000 chômeurs de la région (70 000 de longue durée). C’est toujours ça de pris mais c’est beaucoup d’argent que l’on pourrait dépenser autrement et surtout sans nuire.

Pour cela vous devrez accepter de quitter le petit bout de la lorgnette que vous semblez vouloir imposer non sans cette légendaire faconde que nous vous connaissons. Vous engagerez-vous avec autant de détermination à appréhender la complexité du monde en crise systémique dans lequel désormais nous vivons pour comprendre toutes les destructions supplémentaires que vous lui promettez avec toute l’expertise et les bonnes intentions qui motivent votre action. Et des bonnes intentions à l’enfer, il n’y a qu’un pas.

C’est ce que promet de franchir votre opération à multiples tiroirs vouée à devenir une opération multi-coûts et multi-coups, une opération « ravages & prédations », à commencer par chez nous. Vous n’ignorez sans doute pas la propriété de l’huile de palme qui fait - pour ne parler ici que d’argent - à proportion le bonheur de la caisse enregistreuse d’un côté et le trou de la Sécu de l’autre que l’on appelle l’acide palmitique et sa contribution aux maladies cardio-vasculaires qui ne constituent pas moins que la première cause de mortalité en France.



Monsieur Navarro, vous êtes de ces élus qui pensent pouvoir tuer les débats en scandant comme sautillent les cabris : « l’emploi, l’emploi, l’emploi » et d’ajouter fort maladroitement : « conjugué sous toutes les latitudes ». [2]

En Indonésie et en Malaisie justement, les forêts tropicales, à la biodiversité exceptionnelle, ont fait place en quelques années à d’immenses monocultures de palmiers à huile. Plus de 600 conflits opposent les entreprises de palmiers à huile aux communautés locales qui voient leurs forêts disparaître ou sont chassées de leurs terres. C’est au prix de ce sacrifice que ces deux pays sont devenus les principaux producteurs mondiaux d’huile de palme.

Pire, aujourd’hui, la culture du palmier à huile, l’une des plus rentables au monde, explose en Amérique du Sud et désormais, pour ce qui nous concerne ici plus directement, en Afrique. Les entreprises agroalimentaires s’accaparent les terres pour les convertir à cette monoculture et les cas d’expulsion de paysans et de communautés autochtones se multiplient aux quatre coins de l’hémisphère Sud.

Pour sa défense, la multinationale Sime Darby Unimills a bien huilé son argumentaire. Elle s’appuie pour l’essentiel sur une certification «durable» quelque peu douteuse élaborée à dessein par l’union d’entreprises qui ont su s’entendre pour servir leurs intérêts bien compris [3]. Seriez-vous le seul à en être dupe ?

L’étiquetage de la production d’huile de palme selon cette certification donne droit, par exemple, à utiliser un pesticide interdit en France et en Europe. Le paraquat est produit par les laboratoires de Syngenta (Suisse) qui se trouvent être aussi membre de la Table ronde sur le palmier à huile « durable ». Syngenta est donc juge et partie ce qui lui permet de trouver de nouveaux débouchés pour son neurotoxique, une véritable saleté qui empoisonne ceux-là même dont on aura spolié par ailleurs les terres.

Ces informations ont-elles été données aux administrés et aux élus de l’Aude et plus largement du Languedoc-Roussillon ?



En résumé, en acceptant ce deal, nous accepterions de fait l’expropriation à vil prix voire la spoliation des terres parfois au prix d’assassinats, la déforestation de forêts entières, l’usage de poisons issus d’une industrie chimique délinquante, des conditions de travail déplorables et des salaires de misère de l’autre côté de la Méditerranée comme sous d’autres tropiques, en échange de quoi nous gagnerions quelques emplois grassement subventionnés ou non garantis et un risque industriel supplémentaire dans une zone SEVESO déjà bien menaçante [4][5].

Est ce vraiment souhaitable et compatible avec une ville touristique ?

Pensez à toutes ces belles photos sur le site de la commune qui montrent le phare, les 13 km de plage de sable fin, les salins, les chaluts rentrant au port… et la cimenterie Lafarge vue depuis l’île de Sainte Lucie. Pas sûr que vous obtiendriez l’aval des populations, d’ici et de là-bas, si vous aviez la bonne idée de les consulter.

En dernière analyse vous ne manquerez sans doute pas d’en appeler à l’argument de dernier recours : « Si nous n’accueillons pas dignement ce projet, d’autres le feront ». Vous ne le dites pas encore mais vos rares soutiens l’agitent déjà. Ils ne savent pas ou feignent d’ignorer que Marseille n’en n’a pas voulu et l’Espagne comme la Croatie ne manqueront pas de se demander, avant d’envisager de l’adopter, pourquoi nous n’en n’aurons pas voulu… car nous n’en voulons pas… ni ici, ni ailleurs !

Cher Monsieur Navarro, nous vous invitons par la présente, en personne, à apporter avec nous votre contribution au nécessaire renouvellement des pratiques démocratiques sur un sujet qui le mérite grandement et ce lors d’une prochaine conférence-débat qui se tiendra le 27 mai 2011 en la bonne ville de Sigean qui a bien voulu accueillir l’événement, un événement qui à n’en pas douter fera date dans l’histoire de Port-la-Nouvelle.

Rendez-vous donc le vendredi 27 mai à Sigean, salle de l’Etang Boyé à partir de 19H00.

Acceptez de recevoir, Monsieur le Vice-Président, l’expression de nos sentiments les plus démocratiques.

Sylvain Angerand, Yann Fiévet, Éric Jousse,
Christian Laborde, Sonja Laborde, Fabrice Nicolino, Christian Sunt

L’initiative citoyenne est soutenue par Paul Ariès (Directeur du Sarkophage), Corinne Morel-Darleux (Conseillère régionale Rhône-Alpes) et par Netoyens.info



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Signer la pétition

Collectif NOPALME

Nouvelles Orientations Pour des Alternatives Locales en Méditerranée

Pour contacter les porte-paroles : nopalme@netoyens.info



Références :

Citations :

  1. Le premier vice-président de région, Robert Navarro (PS), chargé des «ports et du TGV» persistait encore le 10 mars 2011 à vouloir accueillir l’usine d’huile de palme à Port-La-Nouvelle (Aude). «Le problème numéro un de la région, c’est l’emploi. Or le projet porté par le groupe malaisien Sime Darby est créateur d’emplois. Ceux qui critiquent cette installation sont à côté de la plaque. Dans quelques temps, des scientifiques leur apporteront des réponses. Et à terme, dans une opération à tiroirs, cela peut générer ici 200 postes de travail » - La Dépêche, 10/03/2011
  2. Le maire de Port-la-nouvelle, Henri Martin (UMP), déclarait le 11 mai 2011 : « Il y a 110 ans que l’on n’a rien fait sur le port de notoire et si il y a une usine de transformation d’huile de palme qui veut s’installer, je crois qu’il faut jouer le coup parce que, derrière, il y a des emplois…» - Midi libre, 11/05/2011
  3. Extrait de l’interview de François Delacroix, ancien directeur général des services de l’agglomération de Montpellier par Montpellier journal :

    « Dimanche soir, Navarro téléphonait pour commencer à préparer la succession. J’ai trouvé ça indécent »

    François Delacroix : (…) Damien Alary, Codorniou, Bourquin, Navarro et [Alain] Bertrand (…)  ont passé un accord tacite en quatre point :
    Un : on se débarrasse du cabinet (…)
    Deux : on rogne les responsabilités de Delacroix [NDLR : l’interviewé] parce qu’ils ont mal vécu l’intérim que Frêche m’a proposé quand il a été opéré. (…)
    Trois : on élabore un budget par département pour préparer les prochaines échéances. Ce qui était contraire à la politique de Frêche qui considérait que le budget devait avoir comme base uniquement les grands projets structurants de la région.
    Montpellier Journal : Vous êtes en train de me faire croire que Frêche ne faisait pas de la politique aussi et n’essayait pas de donner…
    François Delacroix : C’était secondaire, ce n’était pas un point principal. Avec ce principe-là, on revenait à ce qu’on avait critiqué chez Blanc [Jacques, ancien président de région], ce qu’on appelle « le saupoudrage ».
    Et quatre : Bourquin soutient Navarro pour les prochaines municipales à Montpellier. - Montpellier journal, le 17/05/2011

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Comments (4)

Talamasca Talamasca ·  30 May 2011, 15h18

c’est bien continuons à empoisonner la terre et ses habitants pour quelques euros de plus dans la poche d’une minorité.

Le dindon de la farce Le dindon de la farce ·  19 August 2013, 12h18

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Le dindon de la farce Le dindon de la farce ·  16 September 2013, 17h10

Huile de palme, viande bovine même combat prédateur des forêts primaires. Lire :

L’exportation de bœuf vers le marché européen – une menace pour les Indiens isolés : http://www.survivalfrance.org/actu/9564

Le dindon de la farce Le dindon de la farce ·  27 September 2013, 12h33

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