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Europa City ou la mégalomanie anachronique d’un maire de « gauche »

La ville de Gonesse dirigée par Jean-Pierre Blazy et le groupe Auchan viennent de lancer le projet « Europa City », gigantesque complexe mercantilo-culturel implanté dans « le triangle » situé aux confins des départements du Val d’Oise, de la Seine-Saint-Denis et de la Seine-et-Marne. Ce projet délirant pose de multiples questions graves que le maire PS de Gonesse a depuis longtemps cessé d’envisager pour leur préférer les réponses démagogiques de l’air du temps.

Plantons le décor de ce machin si conforme au manque d’imagination qui caractérise la décision politique de notre époque. Le monstre, conçu pour accueillir entre 25 et 40 millions de visiteurs chaque année à partir de 2020, occupera le tiers d’une vaste zone de 200 hectares, en cours d’urbanisation et d’aménagement, proche des aéroports de Roissy-CDG et du Bourget. Concrètement, il s’agira « de faire le tour de l’Europe en une journée », proclame Vianney Mulliez, Président du groupe Auchan. En profitant de 250 000 m2 de commerces et restaurants, avec des enseignes « haut de gamme » représentant « toutes les couleurs du continent ». « Comme les Galeries Lafayette pour la France, ou Harrods, symbolisant la Grande-Bretagne… » S’émerveille Jean-Pierre Blazy. Sont également prévus 160 000 m2 consacrés au divertissement : un parc nautique, une piste de ski indoor ( !), un parc de loisirs. On n’oubliera pas le space music de 30 000 m2, avec salles de concerts ou encore studios dévolus aux cultures urbaines. Et, pourquoi pas « des institutions d’art contemporain à l’étroit à Paris », se prend à rêver Jean-Pierre Blazy. Les deux protagonistes de l’affaire, supposée juteuse, souhaitent de concert attirer les touristes du monde entier qui sauront trouver là, n’en doutons pas un instant, ce qu’ils trouvent partout ailleurs.

Vous l’imaginez aisément, on a tendu à la population le miroir aux alouettes désormais habituel en la matière. Le complexe génèrerait la création de 20 000 emplois. « Une bonne nouvelle » pour les habitants de l’est du Val-d’Oise et des départements limitrophes particulièrement touchés par le chômage. « Nous allons créer 10 000 à 12 000 emplois sur trois ans pour réaliser cet équipement, assure Christophe Dastein, directeur du développement à Immochan, la filiale immobilière du groupe Auchan. Ensuite, l’ouverture d’Europa City entraînerait quelques 8 000 emplois directs et de nombreux emplois indirects dans les domaines de l’hôtellerie, des transports et des services. Nos recrutements favoriseront les candidats vivant à proximité. » Pour faciliter le déploiement de ce nouveau temple de la surconsommation agrémenté habilement de quelques atours pseudo culturels et permettre son accès, Auchan comme la ville de Gonesse comptent sur les aménagements prévus dans le cadre du Grand Paris, notamment afin d’améliorer les transports en commun. « Le métro automatique en particulier, ajoute le maire de Gonesse. La desserte du triangle de Gonesse et le secteur d’Aulnay-sous-Bois feront l’objet d’importants travaux. » L’investissement — sans ces dernières infrastructures — culmine à 1,5 milliard d’euros, pour une ouverture « avant 2020 », espère Jean-Pierre Blazy. Et même 2018, selon Auchan, si les aménagements du Grand Paris – en douterait-on ? - sont bien lancés.

Contrairement aux apparences – souvent si trompeuses – Europa City est une idée du passé. Les soigneuses plaquettes de la communication convenue parleront de concept nouveau – ni Disney, ni hypermarché – et sans doute d’architecture futuriste à propos de la configuration du lieu mêlant harmonieusement activités trivialement commerciales, activités ludiques dûment tarifées, activités culturelles sournoisement encadrées. L’officielle présentation en trompe-l’oeil qui est faite du projet ne saurait contenter le citoyen curieux. Ce dernier a entendu dire que la crise écologique dont les dégâts ont pu être longtemps cachés sous le tapis de la Croissance éternelle fait rage désormais et que ses congénères n’ont plus qu’une seule chose à faire pour sauver la planète : tourner le dos aux schémas croissansistes qui ont pris en quelques années un sacré coup de vieux. Il a aussi entendu dire que la crise financière dont il ne croit pas une seconde qu’elle est terminée pourrait, entre autres désastres pour l’économie réelle dans laquelle il vit et travaille, emporter l’Euro sur sa route. Il sait également – car il sait énormément de choses le citoyen curieux – qu’à quelques encablures de ce paradis destiné d’abord aux touristes argentés se trouve l’enfer du plus grand centre français – quelle gloire ! - de rétention pour d’autres étrangers dont le seul crime est de ne pas posséder de papiers reconnus par son pays. Et on vient lui causer, en pleine tourmente multiforme, de piste de ski d’intérieur énergétivore, d’investissements somptuaires et probablement hasardeux, d’étalages ostentatoires du luxe… Et c’est un maire de Gauche qui, toute honte bue, lui en cause.

On vient donc une fois encore de célébrer le mariage de la carpe et du lapin. Que le groupe Auchan, famille Mulliez en tête, souhaite poursuivre sa course éperdue vers le « toujours plus grand » n’étonne pas grand monde. Que son développement s’accompagne et se nourrisse forcément – c’est la loi du capitalisme – de l’intégration de nouvelles activités à son empire est tristement logique. En revanche, qu’une commune dirigée par une alliance PS-PC succombe tellement facilement aux sirènes d’un capitalisme financiarisé à bout de souffle laisse pantois les citoyens épris de justice sociale ou attachés à la défense du bien commun. Au moment où de plus en plus de gens semblent prêts à contester les stratégies bancaires mortifères il ne reste qu’une chose à espérer : que le monstre Europa City – le si mal nommé – ne sorte pas de terre, privé qu’il serait du nerf de la guerre… économique. Alors, un autre espoir pourrait vivre : que la classe politique cesse d’être à la remorque des tenants de l’économie capitaliste dominante et de ses plus grosses fortunes. On ferait de nouveau de la politique, au service de l’intérêt général. On réconcilierait ainsi les citoyens avec la Gauche. Bref, on (re)construirait la Gauche.


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