Que léguons-nous au féminisme ?
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Posted el Dimarts 19 Gener 2010, 00:12 - updated on 19/01/10 - Réfléchir - Enllaç permanent
« Nos grand-mères ont obtenu le droit de vote
Nos mères, le droit à l’avortement.
Et nous ? Que léguons-nous au féminisme ?
Le Ressac, car notre génération a laissé faire. »
Pire: à ces avancées nous avons répondu : et moi je porterai des talons hauts et je m’habillerai en rose. Et je prétendrai être “féminine”, parce que les féministes, c‘est pas des femmes. Je ferai des enfants, le ménage et la vaisselle puisque je suis émancipée maintenant, paraît-il. Je prendrai un mi-temps pour m’occuper des enfants, puisque que je suis émancipée et que je suis devenue libre d’après ce qu’on me dit, et que l’égalité est déjà là, paraît-il, et que c’est mon mec qui trinque depuis que les féministes sont allées trop loin. A tel point qu’aujourd’hui il est déboussolé, atteint jusque dans sa virilité et je dois l’aider, le rassurer, contacter le médecin pour lui et les enfants, le soutenir et lui laisser du temps libre, car il a des choses importantes à dire et écrire pour sauver la planète, le pouvoir d’achat, l’emploi… son boulot… convoité par une femme.
M’enfin il fait « ma » vaisselle. C’est la preuve de chez la preuve que l’égalité est là. Pourtant dès le premier taf de ta vie active, c’est parti pour le harcèlement : du haut de leur mâle attitude, des collègues t’expliquent que pour ton épanouissement IL faut que tu fasses des enfants. C’est la Nature de Lafâme de faire des enfants. Tu comprends pas bien comment ça se fait qu’on te dise ça, alors que ta mère s’est battue contre cette injonction. En cas d’avortement, pareil : le médecin t’explique ton horloge biologique, et essaie de te convaincre de ne pas avorter, sauf : pour raison médicale ! Tu ne comprends pas pourquoi TA décision serait remise en question.
Lors de la loi légalisant l’avortement, les députés avaient voté un « oui mais » , passage obligé devant une commission prête à te faire la morale avant de te passer l’aspirateur avec plus ou moins de délicatesse. Tu commences à comprendre que l’égalité est un mythe. Alors tu fonces faire des contre-manif face à « SOS tout petits » présidée par Xavier d’Or ; une cinquantaine de TransPédéGouines crient : “avortement, libre, gratuit et accessible !”. Pas une seule hétéro de ta génération n’est sur les lieux. Comment ça se fait ? Il parait que c’est l’égalité. Elles sont en train de se marier et de faire des enfants, de revendiquer la féminine-attitude, de s’épiler de haut en bas, de dénicher le dernier p’tit top à la mode, de la lingerie sexy pour que leurs mecs qui n’en foutent pas une rame puissent les baiser ; et elles sont préoccupées par leur mec qui n’est pas capable de dire un mot sur lui, et qui domine silencieusement. Surtout ne rien dire : la place est bonne.
Pendant ce temps là, il y a un de ces « petits merdeux d’rappeurs » qui t’explique comment ils vont « t’avorter à l’Opinel » ou te « MarieTrintigner ». Au nom de la liberté d’expression il est soutenu à fond par le Ministre de la Culture. Tu sens bien, quand même, qu’il y a un truc qui cloche. Mais c’est l’égalité et d’ailleurs ton mec fait « ta » vaisselle. L’hôpital Tenon ferme son centre IVG mais tu n’es toujours pas avec les TransPédéGouines pour défendre devant les grilles ton droit fondamental à disposer librement de ton corps, gravement remis en cause.
Dans la rue, et aussi dans ta famille tu t’es faite insulter un paquet de fois, rabaissée, humiliée, tabassée, violée. Ton seul tort: être du sexe féminin. Pas une d’entre nous n’a pas subi un jour une des ces violences misogynes, mais c’est juste la faute à pas de chance d’être tombée sur un « relou » , paraît-il. Tu approuves. Tous les hommes ne sont pas comme ça. 48 000 viols par an, ça fait 1 viol toutes les 10mn, en France. C’est une punition collective, une véritable injonction à rentrer dans le rang de la domination. Et si ça se trouve, elle l’a bien cherché, cette pute. Et l’autre salope là, elle voulait me piquer mon mec cette pétasse. Tu as intégré la misogynie, tu es divisée.
Dans cette cité d‘hommes, faite par et pour les hommes, tu te heurtes à une difficile évolution de carrière. Si tu n’y arrives pas c’est de ta faute, paraît-il. Pourtant c’est le plafond de verre que tu te prends dans la poire. Tu découvres ce terme aujourd’hui. Égalité oblige ! Les hommes aussi ont des difficultés, c’est la crise. Et tu pleures avec eux, tu penses chômeurs sans « e», et « précaires » au masculin.
Tout ça, c’est pourtant pas nouveau, les féministes l’ont déjà analysé, démontré, combattu, dénoncé. Mais toi, que fais-tu ? Tu craches abondamment sur un mouvement dont tu ne connais rien ; mais dont on t’a présenté les participantes comme une bande « d’hystériques », « mal baisées », de « lesbiennes » et de « moches ». Sûr, ce n’est pas très flatteur et toi, tu n’es pas comme elles. Pourtant tu résistes, un peu, en prenant garde de ne pas te faire traiter de castratrice dès la première remarque. Ce violent mépris tu l’as déjà vécu, tu sais très bien que les hommes y ont très vite recours à la moindre remise en question de leurs prérogatives, et tu vas l’éviter. Tes phrases n’interpellent plus personne.
Toi, tu te dis que le féminisme a eu des excès. Tu sais pas lesquels mais on te l’a dit. Tout le monde le dit, donc ça doit être vrai. Ton mec a dû te faire comprendre que maintenant il est paumé, que sa masculinité en a pris un coup et que comme c’est l’égalité, bah maintenant faut rééquilibrer les choses. Elisabeth Badinter le dit : il paraît que le féminisme a fait “Fausse route”. Ton mec lit ce bouquin. Tous les mecs lisent ce bouquin et le brandissent comme une révélation. Il sont victimes. Maintenant ce sont eux les victimes. Toutes ces femmes qui exagèrent lorsqu’elles parlent des violences ! Elles sont autant responsables que leurs maris, paraît-il. Une dispute ça se fait à deux, elles l’ont cherché. Ils cognent leur femme, mais c’est par désespoir, ils sont déboussolés, ils cognent. Et de toute façon, ceux qui osent cogner leur femme, ce sont tous des mecs de droite alcoolisés comme « Bertrand-Cantat-qui-ne-l’a-pas-fait-exprès ». Quelle magnifique solidarité masculine. Les mecs de gauche, ils nous le disent tous : ils ne sont pas comme les autres. D’ailleurs ils font « ta » vaisselle.
Toi tu n’as pas d’armes. Tu n’y penses pas d’ailleurs. Petite on t’a offert des « jeux d’imitation » : une machine à laver, un balai, une robe de mariée, une table à langer. Lui, il a eu le mécano, le costume de Batman et toute une panoplie guerrière. C’est à coup de poing, de tabouret, par trois balles dans la tête tirées à coup de fusil de chasse qu’il abat sa femme : elle voulait le quitter. Effarée devant cette réalité quotidienne de l’expression la plus brutale de la haine envers les femmes, toutes les 55 heures une femme meurt sous les coups de son conjoint, tu dois pourtant te justifier. Égalité oblige ! Bientôt tu admets que 2 ou 3% d’hommes aussi sont victimes de violences conjugales de la part de femmes. Peut-être parce qu’elles se seraient défendues. Mais très vite tu rejettes l’hypothèse, il ne faut pas se battre contre les hommes.
Ton père ton frère ton oncle ton mari ton voisin ton patron t’expliquent que maintenant la société est féminisée. Tu approuves, puisque de ménagère t’es passée à secrétaire sans pour autant ne plus être ménagère, mais ton mec fait « ta » vaisselle, ta mère n’a pas eu cette chance et tu mesures bien le progrès réalisé depuis, il fait 15 minutes de ménage en plus. Tu regardes les images de l’assemblée nationale, tu ne vois pas que c’est rempli à 85% d’hommes qui prennent des décisions pour rogner ta retraite, ton congé maternité ; quelques victoires féministes que nous envient encore les femmes de pays voisins comme plus lointains. Égalité oblige ! Maintenant que tu travailles ce doit être à égalité de traitement avec les hommes ; pour les salaires ça coince un peu. Oui, là il reste un petit progrès à faire tu l’admets. Ton mec, lui pense qu’on y est presque à 30% près.
Arrive la quarantaine, après 15 ans de vie commune, ton mec se tire avec une jeunette de 20 ans, te laissant sur le carreau avec ton CDD à mi-temps. Elle aussi pense que les féministes exagèrent et qu’elles sont allées trop loin. Il lui fera sans doute encore 2 gosses. Bien que toujours inscrit dans la loi, le droit à l’avortement sera devenu inaccessible, et la pilule contraceptive pour les hommes, tu n’y as jamais pensé. De toute façon tu as assez de tracas avec la justice pour faire prononcer ton divorce dans lequel : Égalité oblige ! La justice ton mari et toi même ne verront aucun inconvénient à ce que tu ne demandes pas de pension alimentaire ; puisque secrétaire, tu gagnes ta vie de CDD en CDD à temps plus ou moins partiels.
Tu fais partie maintenant de ces nombreux foyers de femmes isolées élevant seules leurs enfants. Tu n’auras pas de retraite et une misère d’allocation parent isolé. Le planning familial à été démantibulé depuis belle lurette, les études sur le genre et l’histoire du féminisme ne sont plus enseignées l’université. Tu seras soupçonnée d’aliéner tes enfants, de les éduquer contre leur père, quand celui-ci te salira et se comportera avec eux comme il ne peut plus le faire avec toi. SOS PAPA, une association de pères réactionnaires fait du lobbying à tous les niveaux, mais ça tu ne le croiras jamais, tu te sens coupable.
Le masculinisme d’état exprime toute sa solidarité envers chaque homme « abandonné » par sa femme, envers chaque homme accusé de viol. Ils sont d’un soutien sans faille, d’une hypocrisie sans complexe dès qu’il s’agit de contrer cette fameuse cupidité des femmes qui ne penseraient qu’à leur confisquer leur argent, leur boulot, leur pouvoir, leur virilité. Ton dernier recours serait de te remettre sous la coupe d’un homme, n’importe lequel, pourvu qu’il puisse te “protéger”, et, comme beaucoup, tu n’envisages que le mariage pour seule issue. Retour aux années 60, avant la seconde vague du féminisme. Le système patriarcal aura mis 40 ans à récupérer son autorité, sans laisser de traces apparentes, tout en douceur. De cette reconduction insidieuse de la domination masculine, de cette révolution conservatrice, réactionnaire, il faudra si rien ne bouge dès à présent, plusieurs générations pour récupérer des textes tombés dans l’oubli, éparpillés, détruits, témoignant de la perte de tous nos droits.
Le féminisme est un éternel recommencement.
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