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Yakuzas et centrales nucléaires

Mabesoone_YakuzasNuc_LM_16-12-11.jpgAujourd’hui, rappelez-vous, c’est VENDREDI JAUNE : parlez-en, parlez-en, parlez-en !

Mais, hier,  est sorti le dernier ouvrage du journaliste freelance Tomohiko SUZUKI (édité par Bungeishunju), intitulé :  « Yakuzas et centrales nucléaires » (Yakuza to genpatsu)…

Le même jour, le 15 décembre, M. Suzuki a donné une conférence de presse à Tokyo, en japonais et en anglais, dont une partie figure encore (?) sur youtube. Monsieur Suzuki a travaillé du 13 juillet au 22 aout à Fukushima Daiichi. Infiltré, il était « manœuvre de base » pour un sous-traitant de Toshiba au cœur même de la centrale.

Il semble que les journalistes ne lui aient pas posé beaucoup de questions sur les yakuzas[1].

Dans cette conférence de presse, deux révélations importantes sont apportées sur le travail à la centrale elle-même :

  1. Le gouvernement a beau annoncer l’« arrêt a froid », personne n’est encore allé voir dans le cœur des réacteurs fondus, même le n°2. Surtout, le refroidissement partiel de la partie supérieure est réalisé grâce à un système de canalisations réparé dans l’urgence. Toutes ces « canalisations d’urgence » sont en plastique souple, c’est à dire qu’avec l’arrivée du froid, l’eau de refroidissement risque de geler et les canalisations risquent d’exploser. Les manœuvres s’affairent pour essayer de remplacer les tubes de plastique par du dur, mais c’est un travail de titan et on procède dans l’improvisation totale.
  2. À partir de la quatrième minute :
    « Les gens semblent penser qu’il y a une équipe soudée - surnommée « All Japan » - qui travaille elle-même en étroite collaboration avec des sociétés américaines ou françaises telle qu’Areva : d’évidence c’est un leurre. La réalité est toute autre. À Fukushima, il y a deux fabricants de centrales, Hitachi et Toshiba, mais ils ont chacun leur technologie, et ils travaillent de façon séparée. Toshiba n’est tenu au courant d’aucune opération effectuée par Hitachi. Et Hitachi n’est tenu au courant d’aucune opération effectuée par Toshiba. S’ils daignaient travailler ensemble, de nombreuses solutions seraient trouvées et la pollution radioactive serait moindre. »

Dur à avaler !

Mabesoone_LM_16-12-11.jpgCes deux sociétés, alliées à la Tepco et au gouvernement, ont fabriqué des centrales dont elles connaissaient les hauts risques - notamment en cas de séisme - et elles ont mené un pays entier au bord du gouffre. Mais elles en rajoutent : afin de protéger leurs connaissances technologiques (c’est à dire leur source de profits), elles refusent de coopérer et aggravent ainsi encore la contamination du Japon.

Jusqu’à présent, j’avoue que je n’avais pas réfléchi sérieusement à l’importance de boycotter les produits des fabricants de centrales nucléaires. Mon épouse est elle-même une employée d’un fabricant d’électronique/électrique : Fujitsu. C’est une chance et même un miracle que Fujitsu n’ait aucun lien avec l’industrie du nucléaire. Elle aurait très bien pu être employée par un des nombreux groupes liés à cette industrie cynique : Toshiba, Hitachi, Mitsubishi, Panasonic-National, etc…

Si on m’avait parlé de boycott, j’aurais peut-être pensé : « Nous avons déjà perdu assez de choses. Notre fille vit dans un environnement dangereux, moi, j’ai perdu toutes mes demandes d’articles en tant que poète et journaliste littéraire, dans le monde très conservateur du haïku. Si je comprends bien, vous voulez menacer le job de ma femme, simple employée de bureau ? ». J’aurais peut-être pensé cela. Peut-être pas…

C’est vrai, les fabricants d’électronique japonais se trouvent sur un marché tellement concurrentiel qu’ils font peu de marge sur les produits grand-public (préaliséc, hi-fi, portables, etc…). Toshiba et Hitachi ont réalisé des bénéfices énormes grâce au nucléaire ce qui leur permet de vendre leurs PC un peu moins cher. Les ingénieurs de Fujitsu, eux, gagnent de l’argent grâce à un autre secteur rentable très spécialisé, « les super-ordinateurs », et ils en font profiter l’informatique grand public.

Mabesoone_VendrediJaune_LM_16-12-11.jpgOui, mais là, après avoir écouté la conférence de presse de M. Suzuki, je me suis dit : Toshiba et Hitachi méprisent vraiment trop le peuple japonais !

J’ai fait le tour de la maison : nous ne possédons que deux équipements de ces marques. Un PC portable de Toshiba et un aspirateur de Hitachi achetés avant la catastrophe.

Je jure que je n’achèterai plus jamais un article de Toshiba ou de Hitachi … même s’ils abandonnent totalement le nucléaire.

Chaque atome de césium dans le corps de ma fille, c’est un peu de bénéfice dans leur comptabilité.

Notes :

[1]  Ceci-dit, ce sujet m’intéresse aussi beaucoup, et je vais lire au plus vite ce livre afin de rechercher s’il existe des liens entre les yakuzas travaillant régulièrement pour le lobby nucléaire et l’assassinat, en 1997, de l’employée de la Tepco Yasuko WAYANABE – connue pour ses positions anti-MOX au sein de la société…


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Laurent Mabesoone

Auteur: Laurent Mabesoone

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Commentaires (3)

Mabesoone Mabesoone ·  17 décembre 2011, 01h16

Afin que l’economie japonaise ne s’effondre pas encore plus, je proposerais de reporter ses achats Toshiba ou Hitachi vers d’autres marques japonaises aussi… Bien-sur, il ne s’agit pas d’une incitation au boycott, mais de mon avis personnel.

Nico Nico ·  20 décembre 2011, 23h37

Il y avait un article en 2003 d’El Mondo sur le lien entre gitan genpatsu jipushi et mafia
je peux t’envoyer par mail un pdf de l’article.

Kna Kna ·  27 décembre 2011, 23h02

Pour ceux qui auraient du mal avec l’Anglais, la conférence complète (~1h40) est disponible sous-titrée en Français sur ma chaîne DailyMotion :
- Conf. de presse Tomohiko Suzuki ancien travailleur à Fukushima 1/2 - http://dai.ly/uHOVot
- Conf. de presse Tomohiko Suzuki ancien travailleur à Fukushima 2/2 - http://dai.ly/rOeEbN

Laurent, merci pour ce site et vos actions.

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