Entretien exclusif avec Michel Onfray pour Netoyens.info et Revoltes.net
- Article par Yannis Youlountas
- |
- Comentaris (5)
- |
- Fitxers adjunts (0)
- |
- RSS Feed
Posted el Dilluns 15 Desembre 2008, 02:52 - updated on 15/12/08 - Entretiens - Enllaç permanent
Michel Onfray répond aux questions de Yannis Youlountas, conjointement pour les sites Netoyens.info et Revoltes.net. Le philosophe d’Argentan s’exprime notamment sur les émeutes en Grèce, la fonction d’Internet dans les micro-résistances, la démocratie directe, la grève générale, la balkanisation de la gauche, la polémique sur l’affaire Tarnac dans Siné-Hebdo, la crise financière et la gratuité.
Entretien exclusif avec Michel Onfray (Netoyens.info-Revoltes.net)
Yannis YOULOUNTAS : Est-il de nos jours possible d’être un penseur en-dehors des cadres idéologiques admis de longue date ? Pourquoi faire bouger les lignes, redéfinir certaines notions politiques, voire provoquer les usages convenus ? Est-ce là la fonction politique du philosophe ?
Michel ONFRAY : Un penseur libre est un penseur libre, et il n’y a qu’une façon d’être un penseur libre, c’est d’être un penseur hors institution, y compris les institutions que sont les contre-institutions institutionnalisées. Par ailleurs, il existe de multiples façons d’être un penseur asservi : à une idéologie, à une institution donc, à une tribu, à un groupe, à une bande, à une meute, à une sensibilité politique cristallisée et dogmatique, etc. Il n’y a pas de nécessité à provoquer, à vouloir provoquer, mais le simple fait d’être ou de se vouloir un penseur libre dans un monde qui ne chérit rien tant que la servitude fait que les solitaires concentrent sur eux la haine et la méchanceté mieux ne n’importe quel autre piège à ressentiment…
Y.Y. : Démocratie participative ou directe ?
M.O. : Une démocratie, qu’elle soit participative ou directe, n’est vraiment démocratique que si une éducation la précède : solliciter l’avis d’un crétin directement, indirectement, de manière participative ou de façon indirecte n’est pas le problème. Le seul vrai problème est : comment créer de l’avis éclairé ? Dans un monde où chacun s’autorise de lui-même pour se décréter expert en tout, comment faire avancer cette idée que le suffrage universel sans les Lumières c’est tout bonnement le populisme et la voie ouverte à toutes les démagogies ?
Y.Y. : Penses-tu qu’Internet puisse favoriser les micro-résistances et l’autogestion grâce à la communication transversale ?
M.O. : Internet est la meilleure et la pire des choses : la meilleure parce que l’argent n’y fait pas la loi, la pire parce que chacun se trouve légitime du simple fait qu’il prend la parole et que la surenchère démagogique y fait la loi. Or la démocratie c’est comme la chirurgie, ça suppose un minimum de savoir faire… Pour ce que je vois d’Internet dans mon domaine, à savoir la philosophie, Internet est un sublime pâté d’alouettes : 95 % de cheval avarié et 5 % d’alouette comestible.
Y.Y. : Qu’as-tu ressenti face au spectacle des manifestations grecques ?
M.O. : Une curiosité sur le destin de ce feu furieux grec dans la communauté européenne… Une attente du genre : c’est ainsi que naissent les soulèvements qui font l’histoire. Je regarde, soucieux et attentif…
Y.Y. : Prônes-tu la grève générale parmi les réponses à donner à la politique du gouvernement français actuel ?
M.O. : J’aimerais, mais je n’y crois pas… Jamais la gauche n’a eu autant d’occasions d’être potentiellement forte et jamais elle n’a autant réellement été fragmentée… Toutes les semaines, la gauche antilibérale se fragilise en voyant naître un nouveau parti, un groupuscule, une association nouvelle, un courant dans un parti … Nous sommes incapables de faire l’unité dans ce petit champ politique de la gauche antilibérale et nous voudrions qu’une grève générale ait lieu ? Si elle devait arriver, ce serait de façon irrationnelle, en surprenant tout le monde, à partir d’une étincelle probablement anecdotique qui mettrait le feu à toute cette poudre accumulée…
Y.Y. : Penses-tu que l’un des remèdes à la folie financière soit la généralisation du principe de la gratuité ? Et si oui, dans quelle amplitude ?
M.O. : Non, soyons sérieux, on ne résout pas la crise en décrétant que tout doit être gratuit ! On devrait, relisons Proudhon, créer des banques vraiment populaires, créer des mutualisations de fiscalités antilibérales, fédérer les initiatives financières alternatives, ce serait nettement plus efficace que d’attendre la fin du capitalisme alors que sa nature est plastique depuis toujours. Le capitalisme n’est pas en mauvaise santé, jamais il n’a été autant en forme : il mue, il change de peau, mais comme tout serpent, c’est parce qu’il grandit…
Y.Y. : Comment vis-tu ta nouvelle expérience à Siné-Hebdo ? Es-tu dans ton élément ?
M.O. : Le moment « Tarnac » qui m’a fait réagir le jour même à la question du terrorisme des caténaires de TGV (que « Libération » présentait comme avéré en « Une »…) pour une chronique parue la semaine suivante (alors que tout le monde avait vu qu’il ne s’agissait pas de terrorisme, y compris moi, bien sûr, mais deux ou trois jours avaient dû s’écouler pour que chacun s’en aperçoive…), m’a valu une quantité incroyable de courriers agressifs, insultants, menaçants, certains promettant même de « me faire la peau ». J’ai constaté à cette occasion l’existence d’une frange importante d’individus qui ne sont pas des démocrates et qui, quant apparaît un différend idéologique dans un camp qui n’est pas celui de leurs adversaires les plus forcenés, feraient volontiers fonctionner la guillotine, jouiraient de remplir des camps avec barbelés, s’activeraient volontiers en commissaires du peuple dans des parodies de tribunaux révolutionnaires, feraient des heures supplémentaires dans des caves avec gégène et baignoires - tout en dénonçant le fascisme du gouvernement, la dictature de Sarkozy et le terrorisme de l’État… Tout ça fait froid dans le dos… La bête n’est pas morte qui se nourrit de ces énergies létales… Je constate que la démocratie se trouve dans un sale état, de part et d’autre. L’époque me semble prête pour le pire - car le meilleur me semble très improbable…
À noter :
Michel Onfray vient de publier Le souci des plaisirs, Pour une érotique solaire (Flammarion, septembre 2008) et le dixième volume en 13CD de sa Contre histoire de la philosophie (Frémeaux & associés, août 2008).
Yannis Youlountas vient de publier Les Lèvres d’Athènes (La gouttière, octobre 2008) et les nouveaux Poèmes ignobles (La gouttière, septembre 2008).
Liens :
Le blog de Michel ONFRAY
Le site de l’Université Populaire de Caen
Le blog de Yannis YOULOUNTAS
Le site Revoltes.net
Document(s) attaché(s) :
-
sense fitxers adjunts
Rate this entry
4.5/5
- Note: 4.5
- Votes: 2
- Higher: 5
- Lower: 4
-
ella · 17 Desembre 2008, 13:57
-
Cet interview est très intéréssant : court, efficace.
Oui je rêve aussi qu'un soulèvement historique vienne de Grèce!...Par contre je ne pense pas que le capitalisme soit en forme. Je crois que l'économie libérale est sur le point de voler en éclats parce que les masques sont en train de tomber. On découvre qui sont les prédateurs...
Merci Michel Onfray de vous exprimer en dehors des magazines ou émissions de télé qui appartiennent au grand capital et aux marchands d'armes!
See on map -
ella · 17 Desembre 2008, 14:40
-
Votre interview est tres interessant:court ,efficace! Merci Michel Onfray de vous exprimer sur Internet en dehors des émissions de télévision et des magazines qui appartiennent au grand capital et aux marchands d'armes .
See on map
J'ai aussi l'espoir qu'un soulèvement historique vienne de Grèce...
Par contre je ne pense pas que le capitalisme soit en forme!Je crois au contraire qu'il est sur le point de voler en éclats.Les masques tombent ,on découvre les vrais prédateurs... -
hella · 20 Desembre 2008, 14:12
-
Juste qu'il est édité par le groupe lié au grand capital et marchand d'arme Lagardère, (Grasset, Le Livre de Poche) dans une collection dirigée par Bernard Henri-Levy (grand rebelle révolutionnaire), ...
Hé oui :-)
See on map -
Christophe84 · 27 Gener 2009, 17:26
-
La Grèce ? A Suivre...mais en France ça sera compliqué vu la gauche qu'on a.
Je ne peux donc qu'être d'accord avec Michel (qui semble avoir souffert de ses positions, c'est clair lorqu'il parle longuement de Tarnac/Siné) et oui moi aussi je pense que "L'époque me semble prête pour le pire ‚Äì car le meilleur me semble très improbable‚Ķ
See on map -
catwoman · 03 Febrer 2009, 21:28
-
merci pour l'artclle, si seulemment vous etiez un peu pluss precis dans votre analyse!!!
See on map
