Du 29 janvier au 19 mars... et puis ?
- Article par Gdalia Roulin
- |
- Comments (3)
- |
- Attachments (0)
- |
- RSS Feed
Posted on Friday 13 March 2009, 17:00 - updated on 13/03/09 - Édito - Permalink
Nous voyons se développer des révoltes un peu partout, sur fond de crise du capitalisme reconnue par tout un chacun, y compris par les représentants patentés de ce système.
Le 29 janvier, nous étions 2 millions et demi à manifester. Sur des aspirations beaucoup plus profondes et larges qu’une simple revalorisation du fameux pouvoir d’achat ou de la perpétuation de notre condition subordonnée de salariés.
Il en est pour penser que c’est l’unité syndicale qui a payé.
Je pense plutôt que l’indignation gronde de partout, et que les syndicats ont en effet réalisé ce jour-là l’unité indispensable pour conserver un minimum d’audience, parce que, s’ils avaient continué à faire défaut, à soi-disant nous représenter, mollement, dans des négociations entre pots de fer et pots de terre, par-dessus notre tête et sans mener aucune lutte, ils auraient fini par être complètement et peut-être (rêvons un peu !) irrémédiablement débordés par “la base”, laquelle est tout à fait capable de s’auto-organiser en Collectifs divers, dès lors que les citoyens décident de se prendre en mains.
C’est ce que nous voyons avec les Collectifs d’enseignants-chercheurs, ou avec tant d’autres Collectifs qui ont pris l’initiative des luttes, lesquelles sont en général récupérées par des dirigeants syndicaux que le pouvoir en place désigne comme les seuls interlocuteurs représentatifs, alors qu’en aucun cas ils n’ont été librement mandatés par la base.
La bureaucratie syndicale est devenue une institution, qui freine nos combats. Une réelle démocratie voudrait que la base mandate sur un objet précis et pour un temps déterminé, qui elle veut, avec révocation possible à tout moment.
Je précise, comme d’habitude, que je ne vise pas ici nos camarades syndiqués qui s’engagent régulièrement sur le terrain à nos côtés, avec toute leur conviction et leur dynamisme. Ce sont les gens installés dans les hautes sphères qui, objectivement, nous trahissent, nous tous, qu’ils le veuillent ou non.
La Grèce s’est révoltée. Les Antilles “françaises”, avec la Guadeloupe, sont en grève générale. Ici ou là en France, et en particulier dans l’Éducation Nationale, des mouvements radicalement contestataires se développent.
Et les directions syndicales ont jugé qu’il était urgent d’attendre, que la solidarité active ne s’imposait pas, ni la mobilisation de tous autour d’une grande réflexion sur la nécessité de changer de contrat social et de changer les bases du fonctionnement économique qui nous est imposé, alors que même nos gouvernements reconnaissent qu’il faut “réformer” le capitalisme.
Moi, je dirais qu’il faut franchement passer à tout autre chose. Et que c’est violent d’entendre en ce moment des discours quasiment plus “révolutionnaires” dans la bouche de ceux qui veulent, à droite, “moraliser” le capitalisme, que dans les paroles de ceux qui prétendent une fois encore nous satisfaire de miettes éparses et nous gaver de désespoir, en évitant surtout soigneusement toute contagion d’une contestation radicale ! (J’ai cité Martine Aubry !). Ah ! on est bien, avec de si zélés défenseurs ou “représentants” ! Pas besoin d’ennemis, nos meilleurs “amis” sont assez efficaces !
Dans le contexte social actuel, le système aux commandes produit de plus en plus d‘“exclus”, exclus qui en réalité font partie intégrante de ce système prédateur qui les fabrique et qui les vampirise, car ils servent à engraisser les profiteurs par le biais de la mise en concurrence des précaires, et les mécontents sont de plus en plus nombreux et remontés. Dans ce contexte, en dépit des évènements qui surviennent par ailleurs, et comme s’il était bien entendu que chacun va se cantonner à son petit pré carré, en bons “individualistes égoïstes” que nous serions, comme le prétend la propagande ordinaire, nous appeler à une seule journée de grève générale et de grande manifestation “unitaire”, nous imposer des mots d’ordre de défense du pouvoir d’achat sans relier les luttes, dans des parcours routiniers sans lendemains, c’est travailler à nous démobiliser en n’ouvrant surtout pas les perspectives du changement social à inventer, c’est tout faire pour éviter d’être débordé. C’est sacrifier à ce besoin de garder les mouvements sous-contrôle toutes les potentialités de germination créatrice qui sont à l’œuvre dans la société en ce moment.
Et quels sont donc les horizons qu’ils s’apprêtent à nous découvrir incessamment sous peu, nos dignes bureaucrates et consorts ?
Mais bon sang, mais c’est bien-sûr, voici venir le temps des élections européennes, qui vont nous faire miroiter à nouveau les “votez pour moi”, “et moi, et moi, et moi”, qui vont pouvoir attiser des passions et des espérances parfaitement illusoires, puisqu’il s’agit de nommer à un Parlement sans pouvoir, des “élus” qui nous échapperont totalement dès qu’ils auront reçu nos suffrages, et qui, même animés de la meilleure des bonnes volontés, seraient incapacités dans le libre exercice de leur action, le système étant ce qu’il est, et parfaitement conçu pour phagocyter les divergences.
Et comme cela s’est produit avec les élections présidentielles, nous risquons fort de nous diviser, de nous affaiblir, de nous fatiguer à courir après un leurre, alors que l’essentiel serait encore une fois occulté.
L’essentiel, c’est le rassemblement. Non pas l’unité à visée électoraliste au sommet, mais la mise en réseau des citoyens de base décidés à se situer en adultes dans une société réellement démocratique et égalitaire.
Peu importe si nous ne sommes pas tous complètement d’accord. “Je ne veux voir qu’une seule tête”, c’est une conception totalitaire. Nous n’avons pas besoin d’un projet parfaitement élaboré “clefs en main”, au contraire, nous avons besoin de cogiter ensemble, de re-créer un nouveau contrat social, et d’aller jusqu’à nous surprendre nous-mêmes.
Je crois beaucoup que le travail mené dans les Collectifs préfigure ce que serait une société réellement libre et adulte, et qu’il s’agit de développer et de pérenniser ce type d’organisation, qui a beaucoup plus d’envergure et d’ancrage à la base que n’importe quel parti ou syndicat.
Un point de clivage, de bascule pour refonder la société, ce qu’il s’agit d’abolir radicalement, ce qui nous assassine tous dans le système actuel, c’est le règne des profits monétaires. C’est à partir de cette dictature de la rentabilité financière, à partir de cette logique monétaire et de cette violence anonyme actionnariale présentée comme la seule “réalité possible”, si ce n’est la fin de l’histoire !!, que nous sommes sommés de nous assujettir aux conséquences dramatiques qui en découlent, pour la vie elle-même, et dans la vie de tous et de chacun. Il est urgent de changer de cadre. Il est urgent de reprendre les questions à la base.
Que voulons-nous vivre ? Quels besoins voulons-nous satisfaire ? Comment nous répartissons-nous les tâches et comment partageons nous les biens et les produits ? Comment nous garantissons-nous mutuellement les moyens de vivre dans le bien-être et la bonne humeur, et de transmettre à nos enfants et petits-enfants un monde où il puisse faire bon vivre ?
Comment reprendre en mains les choix concernant notre destin commun, pouvoir qui est actuellement confisqué par une caste dirigeante de professionnels de la politique et de la finance ?
L’abolition des profits financiers, c’est le remède radical à tous nos maux.
Et l’abolition de ces profits exige une organisation libertaire de la société au plus près de la base et du local.
À mon avis, c’est cela qu’il s’agit de travailler et de faire mûrir, une réflexion de fond sur l’économie, et sur la démocratie. Et la réflexion sur la stratégie gagnante pour arriver à nos objectifs.
Auto-organisons-nous.
Et préparons le 19 mars dans ce sens. Le 19 mars, et le 20, le 21, le 22, le 23….
Vive les Collectifs. Partageons le pouvoir entre citoyens de base égaux en droits, et développons de multiples réseaux innovants.
Document(s) attaché(s) :
-
no attachment
Rate this entry
0/5
- Note: 0
- Votes: 0
- Higher: 0
- Lower: 0
-
Régis ROQUETANIERE · 14 March 2009, 15:10
-
C’est ça.
Nous organiser par la base.
Assurer les convergences.
Remettre en cause la caste politique et les “autorités” de toute obédience.
Pour quoi faire?
Pour sortir la tête haute du système qui s’effondre.
Pour ne pas remettre les clés de notre avenir à ceux qui, déja organisés, pourraient se trouver seuls en situation de prendre la suite, sans autre projet que de continuer ce qu’ils ont toujours fait c’est à dire ce qui se fait aujourd’hui : la loi du plus fort, la domination par l’argent, la course vers le vide, la violation de la nature, l’embrigadement idéologique.
Choisissons l’espoir.
Il ne s’agit nullement d’organiser un “nouveau” rapport de force c’est à dire de perpétuer un climat de guerre.
Ce dont il est question aujourd’hui c’est de nous parler.
C’est de respecter l’autre même s’il n’est pas du bon bord par ce qu’il est apte à écouter et capable d’évoluer.
Aller vers le progrès c’est à dire passer outre les “savants” et les “sachants” pour privillègier les rapports de fraternité et d’efficacité.
Et puisqu’il est question d’élection et de l’élection européenne de juin prochain, faisons mieux que Gladia le propose.
Entrons résolument dans cette élection.
Ni pour cautionner les politiques de l’Europe telles que nous les connaissons, ni pour obtenir un mandat sans pouvoir.
Entrons dans l’arêne d’une autre façon, en citoyen libre pour ouvrir de nouvelles pratiques démocratiques.
En constituant des listes non pour placer des copains, des protégés ou des pistonnés.
Recueillont l’accord à candidature d’un grand nombre citoyens et de citoyennes, grande région par grande région.
Il y en a sept ce qui facilite la tâche.
Parmis ces volontaires, tirons au sort, en toute transparence, les candidates et les candidats de nos listes, à parité bien sûr.
Donnons leur un mandat clair, fixons le temps de notre délégation sur la base d’un contrat de candidature qui reprendra les thèmes sur lesquels nous sommes fondamentalement d’accord.
Une dizaine de grands objectifs suffisent à créer une identité commune et à susciter un groupe neuf et libre.
Même si nous divergeons ou nous hésitons sur la hiérarchie des priorités.
Faisons confiance à la démocratie, vraiment confiance, pour régler le moment venu les différences qui ont besoin du temps pour être clairement exposées et tranchées.
Par chance cette action d’envergure nationale, ce galop d’essai opportun et indispensable, cette répétition grandeur nature sont possibles sans réunir aucun moyen financier préalable.
Nous pouvons échapper à la domination qui a de tout temps perverti le monde politique : l’argent de celui qui paie et commande.
Il faut déposer une liste dans chacune des sept grandes circonscriptions en respectant les règles précisément et scrupuleusement pour ne risquer aucune invalidation.
Constituer un comité par circonscription électorale.
Tirer au sort ses responsables.
Gérer dans la plus totale transparence cette campagne, au plus près des citoyens, en leur demandant d’en assurer le contrôle permanent.
Appeller à participer, a s’engager en toute liberté, non seulement les amis et les réseaux que nous connaissons bien, mais aussi ceux que nous connaissons moins, ceux qui ont pour objectif des intérêts que nous partageons même si nous aborderions les solutions qu’ils envisagent autrement.
Ouvrons nous aux autres.
Utilisons le peu d’espace que nous offre la loi pour miner de l’intérieur l’oppression dont nous sommes victimes.
Matériellement, les professions de foi, les bulletins de votes peuvent être réalisés et distribués par Internet.
des dossiers thématiques peuvent voir le jour ou nous être confiés par des personnes ou des groupes que cette démarche peut intérresser.
Cà ne coûte pratiquement rien.
Osons notre liberté maintenant, pas demain ou un jour prochain.
Tant qu’il en est encore temps.
Nous n’aurons par d’autres occasion de le faire avant lontemps.
Peut-être même sera-t-il trop tard.
En agissant maintenant, il nous reste quelques semaines non pour créer la surprise, mais pour prouver que l’implication citoyenne, çà marche.Régis ROQUETANIERE 14 03 2009
See on map -
Geneviève Confort-Sabathé · 14 March 2009, 16:03
-
Régis,
Tu parles de ne pas créer “un nouveau rapport de force” mais de s’écouter, de se comprendre, de s’aimer même, pourquoi pas.
See on map
Peace and love, mon pote, je l’ai vécu ce mouvement, j’avais seize ans, c’était le bon temps, le temps des copains.
Oserai-je te dire que le temps des potes est fini, nous sommes déjà entrés dans un rapport de “forces”.
Si j’écris “forces” au pluriel, c’est que les forces en présence correspondent à la lutte des classes. Pas moyen d’y échapper, d’ailleurs, les “autres”, les méchants l’ont bien compris. Ils tentent de désamorcer les colères par la criminalisation grandissante du mouvement social. Aujourd’hui, le simple fait de n’être pas d’accord avec l’idéologie dominante fait de toi un subversif dangereux.
D’ailleurs, toi-même ne semble pas vraiment sûr de ton coup quand tu décris “le peu d’espace que nous offre la loi”…
En ce qui me concerne, je compte bien écarter les murs en boycottant les élections européennes qui sont une mascarade ridicule et honteuse dans laquelle la démocratie n’a aucune place.
Ce boycott, il faut le rendre visible, il faut l’argumenter.
Ne perds pas ton temps à jouer sur l’échiquier des autres, fabrique ton aire de jeu. -
Gdalia · 15 March 2009, 12:15
-
Bonjour,
D’accord avec toi, Geneviève.
Pourtant, je trouve le message de Régis super intéressant. Cela rejoint l’idée de créer nos propres structures, celles qui contrôleraient le pouvoir pour qu’il reste à la base. Des structures foncièrement différentes de celles du système actuel, avec leurs élus soi-disant représentatifs.
Cependant, Régis, je ne vois pas comment il serait possible de fonctionner selon des principes auto-organisationnels dans le cadre du système européen tel qu’il fonctionne, et dans le cadre électoral tel qu’il s’impose à nous.
Comment fais-tu pour relier deux types de fonctionnement qui sont naturellement incompatibles ?
Le genre de mobilisation dont tu parles peut-il s’inscrire dans les lois existantes ? Peux-tu nous expliquer ?
N’y a-t-il pas plutôt nécessité d’une rupture avec ce monde qui s’écroule, pour reconstruire sur des fondations saines ?
Il ne s’agit pas d’abattre des personnes, mais des empires criminels, en interdisant à ceux qui les portent de continuer à nuire. Quand nous aurons imposé l’égalité des droits, nous pourrons vivre en paix (l’exiger à l’échelle des groupes humains du moins. Dans les relations personnelles ce sera toujours plus complexe).
Il me semble que le mouvement des Collectifs se développerait plus librement et avec dynamisme à partir de la grève générale illimitée, jusqu’à ce que nous ayons, tous ensemble, adopté de nouvelles règles du jeu et conclu un nouveau contrat social, qu’à partir d’une fièvre électorale qui ne secoue plus grand monde, et qui peinerait forcément à trouver son sens.
Amicalement
Gdalia
See on map
