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Manifestation en rouge et jaune

Mabesoone_jaune_LM_11-12-11.jpgAujourd’hui, je suis bien fatigué… mais c’est une bonne fatigue. Tous les trois, en famille, nous avons passé notre dimanche à manifester.

Tout d’abord, manifestation à Nagano-ville, devant la gare, de 12h30 a 14h30. La plupart des manifestations à Nagano-ville sont organisées par un syndicat de travailleurs précaires, le Chikuma Union. Ils font un travail d’organisation admirable. Ils sont devenus des « amis de cœur ». Mais ils sont conscients qu’il vaut mieux une « image jaune » plutôt qu’une « image rouge », c’est à dire une image « mouvement des parents » plutôt qu’une image « marxiste », afin que le mouvement anti-nucléaire s’étende. Alors, ils me demandent toujours de prendre le micro, en tant que « père d’un petit enfant ». Aujourd’hui, j’ai parlé à deux reprises, pendant environ 20 minutes à chaque fois. Était-ce à la faveur du beau temps, de nombreuses personnes se sont arrêtées, et même, certaines ont applaudi !

Ce que j’ai dit, entre autres :

« J’aime cette ville de Nagano. J’y suis bien depuis vingt ans et je veux continuer à y vivre heureux avec tous, au moins encore une vingtaine d’années, avec mon épouse et ma fille. C’est pour cela que je m’exprime, en souhaitant que nous évitions la contamination des enfants et un second accident. Pour cela, nous devons oser nous exprimer. Nous devons maintenir la pression sur les dirigeants. Je propose que tous ceux qui le peuvent s’habillent en jaune au quotidien, portent des rubans jaunes, des badges anti nucléaires… et que chacun ose s’exprimer. Notre force est immense. Sans l’accord des élus locaux, la remise en service des réacteurs arrêtés n’est pas possible. Et 7 des 8 réacteurs encore en service seront stoppés pour contrôle technique d’ici avril 2012. Nous pouvons pratiquement atteindre l’objectif de la très grande majorité du peuple japonais, dès le printemps prochain. Il nous reste un pas ! ».

Puis, quand j’ai parlé des séances de mesures citoyennes de contamination alimentaire que je vais organiser à partir 19 février, une jeune famille est venue vers moi. « Nous voulons vous aider », m’ont-ils dit. Ils sont réfugiés de Fukushima City à Nagano. Cela m’a beaucoup touché. Pendant ce temps, Mme Tazawa jouait avec notre fille… Ce fut une très bonne « manif n°1 ».

Ensuite, nous avons filé sur l’autoroute pour une heure de voiture, vers l’autre grande ville de la préfecture, Matsumoto, vers la « manif n°2 » (photo de droite) ! De 15h30 à 16h30, nous avons participé à la parade très « reggae » près du château[1].

Bien sûr, dans une manifestation comme dans l’autre, nous n’étions pas une centaine, et même celles de Tokyo ont eu du mal à atteindre les 10 000 participants. Mais on nous a remarqué et on nous a applaudi.

Malgré le froid de l’hiver, ce mouvement entre dans son dixième mois ! Bien sûr, la culture japonaise ne prête peut-être pas à des grands rassemblements, mais on sent une fidélité et une constance incroyable. C’est la force de la culture japonaise.

Le 11 mars, pour la commémoration de la première année après l’accident, le prix Nobel de littérature Kenzaburo OE a proposé un rassemblement de 100 000 personnes à Koriyama, préfecture de Fukushima. À coup sûr, ce sera l’apothéose du mouvement et nous gagnerons pour nos enfants.

Pour l’instant, notre fille dort profondément, avec un grand sourire. Encore une journée pleine de souvenirs.

Notes :

[1] Matsumoto est une ville étudiante, donc, manif plus festive, moins « politique »


Document(s) attaché(s) :

  1. neniu aldonaĵo



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Laurent Mabesoone

Author: Laurent Mabesoone

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