Au suivant !
- Article par Anne Flambard
- |
- Comentarios (1)
- |
- Adjuntos (0)
- |
- RSS Feed
Posted el Jueves 11 Junio 2009, 19:11 - updated on 11/06/09 - Édito - Enlace permanente
Ou l’humiliation d’attendre son tour numéroté, nu ou emmailloté dans sa serviette.
Quand l’état ne traite guère mieux ses citoyens que les p’tits soldats au « bordel » de campagne.
9h30, un jeudi matin, préfecture : « centre administratif » ; hall bondé, accueil débordé, affichage « vigie pirate » sur tous les murs en guise de renseignements ! J’accompagne ma fille, 16 ans.
Elle s’inquiétait ma fille, convoquée pour la première fois de sa jeune existence, de devoir s’y rendre seule ; elle avait raison !
Où ? Où devons-nous nous rendre, quels escaliers, tortueux méandres, emprunter pour trouver la salle recherchée ? Personnes perdues, personnes âgées désorientées, foule pressée, tendue ; angoisse…. Une seule envie : fuir, quitter ce lieu hostile, oppressant !
Première étape : réussir à atteindre l’accueil où les hôtesses répondent à 10 personnes à la fois, font leur possible pour sérier les demandes, gagner du temps ; nos papiers à la main, on se pousse, se bouscule… Suivant !
Un quart d’heure d’avance et déjà en retard, rien que pour obtenir une direction. Couloirs, paliers, étages et demi-étages, fléchage aléatoire, vieillissant, jauni, effacé…. Nous échouons devant l’accueil du niveau: présomptueuse appellation d’un sordide guichet.
Là : quelques naufragés, comme nous en quête d’informations… Queue. Suivant !
Puis : fenêtre à guillotine, voix sèche, débit rapide : « C’est pour quoi ? Z’avez les documents ? Prenez un N° ! Allez vous assoir ! Attendez ! Suivant !
Salle d’attente, mornes affiches de prévention-injonction périmées, pas une revue… Des cris jaillissent d’entre les murs ; il y a du monde, on se regarde à peine, on parle à voie basse, on scrute le rouge du compteur digital où défilent les N°. Suivant !
Appel, rappel, du guichetier aboyeur : « N° 70 !!! » Explications jetées à notre tête : troisième porte à droite, cabine 5, déshabillez-vous !… Trois portes plus loin : « toilettes », nous nous interrogeons, avons-nous bien saisi ?
Prêtes à faire demi-tour, je vérifie quand même le local des lieux d’aisance ; les cabines sont bien là.
Un réduit, un porte-manteau, une chaise, un haut parleur qui braille pour couvrir les voix de l’autre coté et deux panneaux :
* « Femmes en sous vêtements ; hommes en slip et chaussettes. »
* « Préparez chèque ou espèces pour régler immédiatement. »
De plus en plus gênées, ma fille se déshabille un peu, je rédige un chèque, enfermées dans ce lieu exigu, nous patientons encore.
La porte s’ouvre, pas un bonjour : « Avez-vous l’argent ? » Une main se tend et saisit mon chèque, ma fille est poussée à l’intérieur.
5 min : Elle subit un questionnaire débité automatiquement : Fumée ? Boisson ? Drogue?
5 min : On vérifie rapidement sa vue, sa tension, son poids…… Pourquoi ? Pour quelle raison êtes-vous là ?
Enfin une juste interrogation ! Enfin on nous regarde comme des personnes, des êtres humains. Mais, il est trop tard, trop tard pour raconter, trop tard pour donner un sens à sa compassion quand il découvre les cicatrices, imagine les douleurs subies ; trop tard pour que quelques mots s’échappent au-delà du strict minimum nécessaire. Au suivant !
Tout ça parce que, suite à une mauvaise chute, ma fille a un bras dont le coude et le poignet sont en partie bloqués. Tout ça parce qu’elle voulait s’assurer, se rassurer sur ses possibilités avant de pouvoir conduire.
A nouveau le rébarbatif guichet : Ouf ! Apte définitivement !
Cela ne suffit pas à chasser le sentiment désagréable, d’avoir supporté un traitement complètement déshumanisé, impersonnel, humiliant, dégradant… Ma fille me dit : « Sans toi, je n’aurai pas pu ! » Moi non plus !
Mais de quel autre choix disposent les simples citoyens comme nous pour faire valoir leurs droits ?
La préfecture représente l’état ; les citoyens et les fonctionnaires y sont si honteusement malmenés qu’il n’y a AUCUNE illusion à se faire sur la façon dont l’état nous considère : du « bétail » !
A quand nos identifiants agrafés sur l’oreille, ou pire ! Injectés sous la peau au moyen d’une puce électronique, lisibles, déchiffrables tel des « code-barres » !
Document(s) attaché(s) :
-
sin adjuntos
Rate this entry
0/5
- Note: 0
- Votes: 0
- Higher: 0
- Lower: 0
-
Geneviève Confort-Sabathé · 16 Junio 2009, 19:11
-
Voilà où nous en sommes!
See on map
Mon mari, enseignant depuis trente ans, n’en finit pas de répéter que les classes moyennes découvrent aujourd’hui le sort qui étaient jusque là réservé aux gosses des cités.
Oui, c‘“est ignoble, déshumanisant, insupportable, révoltant. Et nous nous révoltons. Enfin, un peu!
Mais pour ceux qui subissent cela depuis toujours, c’est devenu un habitus comme dirait Bourdieu.
On les traite comme des chiens, ou pire, mais ils trouvent presque cela normal tant ils ont intégré cette image dégradée de leur soi assigné par la bureaucratie capitaliste. L’erreur des salauds qui manipulent nos vies est de s’être attaqués aux classes moyennes, ce ventre mou où palpitent les artères et où s’entremêlent les viscères. Aucun corps ne survit à une attaque au ventre, mais il peut souffrir longtemps avant de crever: le monstre Capital.
