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Notre crise s'abat sur l'Afrique ? Protégeons-nous !

Geneviève Confort-Sabathé

Denis Sief­fert (*) s’est offert un titre assez simi­laire au mien dans la der­nière livrai­son de Poli­tis. Un édito où il feint de s’inter­ro­ger, une fois de plus, sur la « fri­lo­si­tude » du NPA, sur la « ner­vo­si­tude » du PC, sur la « diver­si­tude » de la Fédé­ra­tion tout en fai­sant preuve d’une vraie « sol­li­ci­tude » pour le PG. A la lec­ture de ce cons­tat, je me per­mets de lui sug­gé­rer un titre tel­le­ment plus évo­ca­teur : « Le Front de gau­che, com­bien de tran­chées ? ».

Pen­dant que les ridi­cu­les fac­tions de la gau­che radi­cale fran­çaise s’affron­tent sur le tar­mac avant le décol­lage de la cam­pa­gne élec­to­rale euro­péenne, la Ban­que mon­diale estime que le défi­cit de finan­ce­ments des pays en voie de déve­lop­pe­ment sera com­pris entre 270 et 700 mil­liards de dol­lars pour la seule année 2009. Est-il besoin de rap­pe­ler que ces pays sont pres­que tous afri­cains ?

Domi­ni­que Strauss-Khan, le direc­teur géné­ral du FMI, tente d’aler­ter la pla­nète sur ce cata­clysme éco­no­mi­que et social qui fond sur l’Afri­que : « Il ne s’agit pas seu­le­ment de pro­té­ger la crois­sance éco­no­mi­que ou le revenu des ména­ges, mais de con­te­nir éga­le­ment la menace de vio­len­ces civi­les, peut-être même d’une guerre ».

Cette fois, le mot est lâché. Et sans adjec­tif. Il ne s’agit plus de guerre éco­no­mi­que mais de guerre tout court. Les grands argen­tiers des deux côtés de l’Atlan­ti­que ont beau s’éri­ger en trou­ba­dours de la relance, bary­ton­nant sur l’air de la crois­sance reve­nue en 2010, goua­lant sur la remar­qua­ble effi­ca­cité des plans des pays riches, les peu­ples ne sont pas d’humeur à swin­guer.

Les éco­no­mis­tes de gau­che ont exhumé une riche idée. En fait, il s’agit sur­tout d’une idée de riches. Elle se résume aisé­ment : «Puisqu’il fait froid dehors, fer­mons la porte». Comme je ne suis pas éco­no­miste mais socio­lo­gue, les experts de cette science pré­da­trice auront tôt fait de rin­gar­di­ser ma con­cep­tion de la soli­da­rité, une con­cep­tion sans aucun doute archaï­que. Rap­pe­lons que l’archaïsme est à l’éco­no­mie ce que le doute est à la reli­gion. Après l’U-NI-TE, voici donc la pana­cée uni­ver­selle : le PRO-TEC-TIO-NNISME.

Ce com­bat d’arrière-garde doit drô­le­ment ras­su­rer les tenants du libre-échange qui s’accro­chent à leur théo­rie comme les nau­fra­gés du Tita­nic à leur bouée de sau­ve­tage. La con­cur­rence libre et non faus­sée res­sem­ble à la par­tie émer­gée de l’ice­berg. Le gros mor­ceau du capi­ta­lisme est vitri­fié. Les capi­tai­nes de la finance mon­diale appuient, com­pul­si­ve­ment, sur les leviers à leur dis­po­si­tion. On injecte des mil­liards par-ci, par-là, sans qu’aucune vision glo­bale n’appa­raisse. Dans le paque­bot insub­mer­si­ble, les gueux, coin­cés dans les éta­ges au-des­sous de la ligne de flot­tai­son, eurent le choix entre mou­rir noyés ou écra­sés con­tre les por­tes cade­nas­sées menant aux éta­ges supé­rieurs. Les diset­teux afri­cains pour­raient con­naî­tre un des­tin simi­laire. Et que pro­po­sent les éco­no­mis­tes les plus gau­chis­tes ? De tra­vailler d’abord à la relance dans nos pays déve­lop­pés, les pays sous-déve­lop­pés ou en voie de déve­lop­pe­ment sont priés d’atten­dre. Pour­quoi ne pas pré­voir des cen­tres de réten­tion pour pays va-nu-pieds ?

Après tout, les pays riches n’en ont pas pour long­temps à se redres­ser, une bonne dose de pro­tec­tion­nisme et la crois­sance repart. Les pro­fits moné­tai­res explo­sent à nou­veau, les riches s’enri­chis­sent et les pau­vres ramas­sent les miet­tes. Quand le G20 annonce que les aides publi­ques devront con­ti­nuer aussi long­temps que néces­saire, jusqu’en 2010 au moins, cela vous a des allu­res de pani­que géné­rale. Non pas que les riches redou­tent la ban­que­route, ils ont sur­tout peur que les traine-misère vien­nent se rap­pe­ler à leur bon sou­ve­nir avant que tout ne soit remis d’aplomb. Le pro­tec­tion­nisme au secours du capi­ta­lisme, voilà ce que l’on nous pro­pose.

Ce serait pour­tant le moment d’avoir des idées nou­vel­les, de pen­ser glo­bal en terme de soli­da­rité, d’éco­lo­gie, d’édu­ca­tion, de santé, d’éner­gie, de démo­cra­tie. Ce serait le moment d’appuyer sur le levier de l’ami­tié entre les peu­ples de la Terre. Ce serait le moment de ren­voyer le capi­ta­lisme aux pou­bel­les de l’his­toire. Ce serait le moment d’ima­gi­ner un monde sans pognon où l’acti­vité humaine ne serait pas sala­riée.



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