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C'est comment qu'on freine ?

Sur le che­min même semé d’embû­ches de la cons­truc­tion démo­cra­ti­que des con­ver­gen­ces poli­ti­ques, fai­sons le point une fois pour toute et ne per­dons pas de temps à ins­tru­men­ta­li­ser les urgen­ces. Y a t-il urgence sociale ? Pour les plus dému­nis sans aucun doute, pas pour les béné­fi­ciai­res du bou­clier fis­cal. Y a t-il urgence poli­ti­que ? Si on ne fait pas la con­fu­sion entre poli­ti­que et élec­to­ra­lisme, cer­tai­ne­ment. Et si on s’avise que l’anti­sar­ko­zisme par­ti­cipe d’un buzz média­ti­que sarko com­pa­ti­ble, sans nul doute. Oui, il y a urgence poli­ti­que, urgence à cons­truire, autre­ment, dès main­te­nant, l’après 2012. Y a t-il urgence à sau­ver l’huma­nité ? Oui, mille fois oui : l’humain et l’huma­nité, c’est le rôle de notre huma­nisme. Dans cette affaire, c’est bien elle la plus mena­cée, la plus nui­si­ble mais aussi la plus fra­gile, peut-être même la plus atteinte : homo toxi­cus som­mes deve­nus. Y a t-il urgence à sau­ver la pla­nète ? Voir.

Réglons un sort aux mala­dres­ses ou aux évi­den­ces qui ser­vent aux plus gran­des mani­pu­la­tions et à la pro­pa­gande. La pla­nète a per­mis l’émer­gence de l’huma­nité, pas l’inverse. Nous lui devons encore la vie. Même lais­sée en piteux état après un feu nucléaire inter­con­ti­nen­tal, mili­taire ou civil, au point de ren­dre la vie humaine impos­si­ble, la pla­nète nous sur­vi­vra. Il fau­drait qu’elle soit per­cu­tée par une comète aux dimen­sions suf­fi­san­tes pour qu’elle soit pul­vé­ri­sée… et nous avec. Hors de cette hypo­thèse, nul doute que la Vie sur terre aussi nous sur­vi­vra et ce mal­gré la déna­tu­ra­tion et l’effon­dre­ment de la bio­di­ver­sité en mar­che. Nom­breu­ses sont les espè­ces qui sau­ront bien mieux s’adap­ter que nous à ce qui aura trans­formé la pla­nète bleue en un enfer ter­res­tre, un enfer que nous aurons su cons­truire en deux siè­cles. Deux mille cinq cents ans (2500 ans) si on puise dans nos ori­gi­nes phi­lo­so­phi­ques

Ceci étant réglé, pas­sons à l’essen­tiel : l’ave­nir. A com­men­cer par le plus pro­che, le plus anec­do­ti­que. On s’accorde de plus en plus à recon­naî­tre que les règles du jeu élec­to­ral sont pipées. Les taux d’abs­ten­tion en sont une des preu­ves. On laisse enten­dre que les euro­péen­nes ne sont pas tou­chées. Il suf­fit de véri­fier pour se ren­dre compte du con­traire : “avec un taux de par­ti­ci­pa­tion de 45,5% au niveau euro­péen, ces élec­tions ont été mar­quées par une abs­ten­tion mas­sive. L’abs­ten­tion n’a cessé d’aug­men­ter depuis les pre­miè­res élec­tions de 1979”. 

Il est donc natu­rel et même logi­que d’en arri­ver à se deman­der s’il faut chan­ger les règles pour en venir à la méthode pour les chan­ger. Ces ques­tions ne sont pas nou­vel­les. Pour nous, elles se posaient avant les pré­si­den­tiel­les de 2007. Elles se posent à nou­veau à la veille des pro­chai­nes élec­tions euro­péen­nes et si on y fait rien, dès main­te­nant, ne dou­tons pas que nous les pose­rons à nou­veau après 2012. Autre­ment dit, boy­cot­ter les élec­tions peut avoir un sens… à con­di­tion qu’on veuille bien en don­ner un.

Boy­cot­tons… mais après ?

Depuis deux ans, en effet, les évé­ne­ments n’ont pas man­qués. L’évé­ne­men­tiel est devenu une habi­tude de gou­ver­nance. Sous cou­vert de volon­ta­risme, l’hyper-acti­visme bling-bling et le bou­gisme des gau­ches domi­nent. La dif­fé­rence ? La con­fi­den­tia­lité. Les pre­miers ont plus la faveur des médias que les seconds. Les actions “tout feux, tout flam­mes” sem­blent se déve­lop­per. Un puit qui n’a de fond que l’épui­se­ment des mili­tants et leur capa­cité à met­tre la main au porte-mon­naie. Quand les médias en font leur choux gras, ils pro­dui­sent un mur du son média­ti­que où elles finis­sent tou­tes par se con­fon­dre. Logi­que ancienne et bien con­nue de la société du spec­ta­cle, elle aussi vieillis­sante.  

Une chose se con­firme. Le régime de la 5ème Rep et ses ins­ti­tu­tions ont la force des car­cans : froids, méca­ni­ques. L’iner­tie est grande. Para­doxe, les règles du jeu ins­ti­tu­tion­nel main­tes fois modi­fiées pour s’accor­der au nou­vel ordre de la mon­dia­li­sa­tion, figent tout dans un con­ser­va­tisme his­to­ri­que de droite comme de gau­che qui n’a d’égal que le capi­ta­lisme et son ordre opé­ra­toire qu’est le pro­duc­ti­visme. Cet ordre est atteint de séni­lité. La plu­part des jour­naux aussi.

Sclé­ro­sés, fos­si­li­sés, tout ce qui est pris dans ces filets, les par­tis, les syn­di­cats comme bon nom­bre d’asso­cia­tions - dont on coupe de plus en plus les vivre comme pour mieux refi­nan­cer les ban­ques - se débat­tent comme de beaux dia­bles. C’est la seule façon en effet de les faire per­du­rer dans un affi­chage de règle qui ne suf­fit plus pour con­vain­cre. Quand on se réclame de la gau­che, on dit vou­loir résis­ter, étran­ge­ment sans rien créer ou si peu, si mala­droi­te­ment. L’accou­tu­mance géné­ra­li­sée pro­duit un effet « bof » qui désole de plus en plus. Au pas­sage, on réserve un mau­vais sort aux jeu­nes. La part belle est faite à la «djeun atti­tude», resu­cée des raf­fa­ri­na­des, pour don­ner l’illu­sion de la viva­cité. Pau­vre jeu­nesse ! 

Qu’en con­clure ? Ce spec­ta­cle de feu fol­lets, de gas­pillage de con­fet­tis et de paillet­tes nous démon­trent cha­que jour un peu plus un phé­no­mène d’obso­les­cence éton­nant. Tout ça n’est pas sérieux. Ce n’est pas à la mesure de la situa­tion. C’est indi­gne de l’intel­li­gence que l’on pré­tend déte­nir en outre de notre ani­ma­lité. Au mieux, il y trans­pa­raît ce désir d’exis­ter qui mon­tre encore l’humain, sur­tout ses fai­bles­ses, la vanité des égo­cen­tris­mes et la dan­ge­ro­sité des égoï­mes : l’égoïsme n’est-il pas une carac­té­ris­ti­que très struc­tu­rante du capi­ta­lisme qui fait aussi son avi­dité et sa cupi­dité ?

Au béné­fice d’une crise qui devrait nous faire subir une décrois­sance sans pré­cé­dent ( - 4% de crois­sance du PIB mon­dial pour 2010 pré­dit-on !), il ne reste plus qu’à ralen­tir, mais vite et pro­pre­ment, à bon escient. Recher­cher à nou­veau la crois­sance serait pure folie. Ce sys­tème est sénes­cent, mori­bond mais il ne peut pas ne rien y avoir. Que vou­lons-nous à la place ? Pour que nous le sachions, il faut y con­sa­crer du temps. Et pour s’y employer il faut y tra­vailler plus, bien plus, que nous soyons oisifs, sala­riés ou à la recher­che d’un emploi. Si nous n’oeu­vrons pas en ce sens, d’autres le feront. Ils s’en occu­pent déjà et nous le ven­dent avec une belle éti­quette “crois­sance verte”. Nous, ici, nous appe­lons ça la crois­sance “Gore” du nom de l’ex-futur-pré­si­dent des États-Unis qui aura trouvé un digne rem­pla­çant en Obama et sur­tout l’oba­ma­nia qui frappe désor­mais Le Pion de fer qui nous sert de pré­si­dent.

« C’est com­ment qu’on freine ?» chan­tait Bashung. «Je vou­drais des­cen­dre de là» ajou­tait-il. Ralen­tir ! Vite ! sous peine d’un arrêt net et bru­tal, pour cons­truire démo­cra­ti­que­ment une ère de jus­tice verte, de jus­tice glo­bale. C’est la seule urgence qui vaille.



Ne man­quez pas d’ache­ter, de lire et dis­tri­buer le Sar­ko­phage, excel­lent bimen­suel d’ana­lyse poli­ti­que. Le n°11 vient de sor­tir.


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Éric Jousse

Author: Éric Jousse

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