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2012 morne plaine...

Comme la forêt cache l’arbre, le bouillonnement d’idées à gauche cache le désert de la pensée.

Les (F)Estives 2010 des Objecteurs de Croissance qui avaient lieu à Marlhes ces 27, 28 et 29 Août 2010 ont encore une fois montré ce refus d’affronter le système dominant sur le terrain de l’idéologie. Suffit-il de proposer le trajet qui ira du capitalisme à l’après-capitalisme et une stratégie de la transformation pour changer de paradigme ?

Les divers mouvements de la gauche radicale ne cessent de vibrionner stérilement tout en se morcelant à l’infini. Qui gagnera la bataille de 2012 ? Un PS social-libéral à la sauce Strauss-Kahn ou une UMP populo-villepiniste ? Dans tous les cas, le perdant serait l’espoir de voir émerger un nouveau paradigme.

Le modèle social français est moribond. Il paraît que le pays n’a plus les moyens de le financer. De toute façon, ce système redistributif n’a jamais éradiqué la pauvreté et, aujourd’hui, la droite décomplexée ne veut plus payer pour le maintenir car elle n’en a plus besoin. Ce système lui a garanti une certaine paix du travail qui lui était nécessaire pour faire fonctionner ses usines. Maintenant, avec la mondialisation, la production part en Chine – cet immense camp de travail – ou dans d’autres pays à la main d’œuvre aussi peu revendicative. Alors pourquoi payer pour quelque chose devenu inutile ?

« Vous voulez les pauvres secourus, moi je veux la misère supprimée » disait Victor Hugo (Quatre-vingt-treize). C’est la différence entre charité et solidarité. Notre système a institutionnalisé la charité, le nouveau paradigme doit être solidaire. Encore faut-il, pour qu’un nouveau paradigme existe, prendre la peine d’y travailler. Car, ce thème est aujourd’hui partout et nulle part. C’est une sorte d’incantation, de Graal fantasmatique et cela risque bien de le rester. Pourquoi ?

L’extrême gauche – alter-mondialistes, écologistes radicaux, objecteurs de croissance… – s’est enfermée dans un cercle de contradictions dont elle risque de ne jamais sortir :

  • Pour la plupart, ses membres ne se veulent pas réformistes mais se refusent à être révolutionnaires – le meilleur exemple récent est la LCR devenu NPA.

  • En conséquence, alors qu’ils contestent radicalement le système en place, ils restent vissés sur les échéances électorales.

  • Pire que tout, leur mode de pensée et d’action est archaïque.

À quoi rime ces appels à la pelle, ces pétitions en cascade ? À se compter ? C’est inutile, dérisoire et pathétique. L’extrême gauche n’est rien dans le paysage politique français, tout juste une exception culturelle. Pourtant, ses militants s’obstinent à rester enfermés dans leur citadelle de certitudes : les luttes auront raison d’un système moribond. Le citoyen lambda les regarde, amusé ou désabusé, et vote utile. Même les abstentionnistes ne se déplacent par pour voter pour elle. Et pour cause, ils attendent vainement que l’on réponde à cette question simple et complexe : par quoi remplacer le système en place ?

Mais il n’y a pas de réponse parce qu’il n’y a pas d’idée ou bien trop d’idées. On ne sait pas, alors on expérimente. On ne peut pas savoir parce qu’on refuse l’idéologie comme on brule ce qu’on a trop aimé et qui vous a déçu, et renonce ainsi à toute réflexion de fond sur une alternative au système et à tout ce qui pourrait être assimilé à un prêt à penser.

La question de l’avant-garde éclairée.

Dans un article de son blog, Raoul-Marc Jennar reproche au NPA de se comporter encore comme une “avant-garde éclairée”. Mais le sont-ils vraiment ? C’est là la question. Ils se comportent, peut-être, comme tel, mais en réalité, ils n’éclairent plus personne à part eux-même – et encore – car ils sont tellement obnubilés par les luttes de terrain qu’ils ont perdu toute capacité de réflexion. Alors, ils se figent sur leurs vieilles analyses incapables qu’ils sont de les mettre à jour.

Avant-garde éclairée, la nouvelle infamie. Pourtant, la question de l’avant-garde éclairée et l’élaboration d’un nouveau paradigme sont intimement liés. Que voit-on aujourd’hui ? Beaucoup de monde brasse des idées – seuls ou en groupe – mais, des idées, fussent-elles les meilleures et les plus innombrables, ne feront jamais un projet. Ce qui manquera toujours, c’est la cohérence. Et personne ne veut se mettre à l’élaboration de ce projet et devenir ainsi l’avant-garde éclairée que l’on dénonçait auparavant.

Donc, tout le monde attend qu’un projet émerge de lui-même, ce qui ne saurait tarder si suffisamment de gens se mettent à y penser, à lancer des idées sur la place publique et à publier des appels solennels ou pathétiques. Mais non ! Il manquera toujours le principal pour lui apporter la cohérence : la pensée systémique.

La “pensée systémique”

Systémique : “qui aborde ou traite un ensemble de choses dans sa globalité”.

À opposer au cartésianisme, qui tente d’aborder un problème en le découpant en problèmes simples (analyse) et en combinant les solutions (synthèse). Seulement, dans un problème complexe, la systémique dit que “le tout est plus que la somme des parties”.

La pensée cartésienne, n’est donc pas adaptée à l’étude de systèmes complexes. Par exemple, même lorsque j’ai bien compris le fonctionnement du cœur, des reins, de l’estomac et tous les organes, ceci ne me permet de comprendre le fonctionnement de l’homme.

Il faut donc aborder les problèmes complexes autrement. La meilleure manière c’est encore de les approcher par la pensée systémique. La pensée systémique est celle qui réfléchit à l’ensemble plutôt qu’aux parties. On ne peut pas observer ou changer les propriétés émergentes si on étudie ou agit au niveau des composantes individuelles. Penser systémique signifie accorder de l’importance aux relations entre les différentes composantes, plutôt que de considérer ces composantes isolément. La pensée systémique veut dire aussi prendre en compte le contexte, les conditions ou l’environnement du système étudié ; la “pensée systémique” est donc aussi une pensée “contextuelle” – comprendre le système dans un contexte global.

Comment la pensée systémique diffère-t-elle de la pensée conventionnelle ? (Ressources pédagogiques ICRA)

Nous pensons tous de différentes manières. Dans les sociétés “occidentales”, les gens pensent différemment que dans les cultures “orientales”. Les femmes pensent différemment des hommes. Cependant, en raison de leur formation académique ou professionnelle, les chercheurs et les techniciens ont des chances de penser d’une manière qu’on pourrait appeler “conventionnelle”, “mécaniste” ou “réductionniste”. Même si peu de gens n’ont qu’une seule façon de penser, la figure suivante montre les contrastes sur les deux modes de pensée:

Pensée conventionnelle

Pensée systémique

Se concentre sur les parties elles-mêmes

Étudie l’interaction des parties et leur organisation

Ne tient pas compte des rétroactions

Admet l’importance des rétroactions, qu’elles soit positives ou négatives

A une direction linéaire et logique, étape par étape

Ouverte, non structurée, sans direction prédéterminée

S’en tient aux relations de cause à effet

Intègre toutes les idées

Recherche une perspective ou un point de vue dominant

Tient compte des différents opinions et points de vue

Face à une situation commune, chacun de nous identifiera probablement différents “systèmes” car nous avons tous des perspectives différentes. Quand nous observons une situation, nous la voyons à travers notre propre culture, nos propres expériences personnelles, notre éducation et surtout notre discipline, et notre manière personnelle de réfléchir. Dans l’analyse systémique, la combinaison de notre culture, nos expériences, notre éducation et notre capacité à réfléchir est ce qu’on appelle communément “perspective”. Nos perspectives peuvent être très différentes, même si nous évoluons dans le même monde physique.

Application de la pensée systémique au projet de nouveau paradigme.

On le voit, la pensée systémique est complexe. Mais notre société est complexe et vouloir la changer n’est pas aussi simple que changer quelques lois. Cette complexité est, probablement, ce qui rebute instinctivement beaucoup de militants qui préfèrent se cantonner au “luttes” politiquement stériles mais humainement plus gratifiantes. Mais c’est cette complexité qui rend aussi nécessaire le dépas­­­se­­­ment de la simple réflexion individuelle ou en petit groupe.

Je voudrais soumettre à la réflexion deux citations qui résument au mieux ma vision du projet.

  • Une vision sans action est un rêve – une action sans vision est un cauchemar (Haiku japonais)

  • Vous voulez les pauvres secourus, moi je veux la misère supprimée (Victor Hugo)

Si le monde est complexe, l’analyse que l’on peut faire de la situation est beaucoup plus simple :

  1. Aujourd’hui, que voit-on à gauche :

    • Une gauche tiède réformiste, social-libérale (PS et autres) qui ne conteste pas le système et espère en corriger les pires défauts.

    • Une gauche qui se veut radicale mais s’agite dans des actions sans vision.

    • Des penseurs qui essaient de développer une vision mais oublient l’action.

  1. Demain : le mur

    • Le système actuel se maintient coûte que coûte avec toutes les conséquences que l’on peut imaginer : explosion sociale, répression, instabilité, catastrophe écologique à terme…

    • Le système explose, le pouvoir échoie à qui veut le prendre, un nouvel homme providentiel, un nouveau Pétain ou pire.

  1. Ou alors…

Imaginons que tous ceux qui le peuvent et le veulent se mettent à réfléchir en commun et pratiquent la démarche nécessaire : Réflexion théorique - projet - programme pour aboutir enfin à ce nouveau paradigme que nous espérons.

Le nouvel Institut de Réflexion et d’Action Politique

Il ne s’agit pas là d’une nouvelle structure politique, ni mouvement, encore moins d’un parti. Il s’agit d’un cadre de travail ouvert à tous ceux qui veulent participer à une réflexion devant amener à une action politique.

À suivre…


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Author: Edrobal

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